19 juillet 2018

Joël Egloff L'étourdissement

  « Le matin ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait du matin. Si on n'a pas l'habitude, on ne le remarque même pas. La différence avec la nuit est subtile il faut avoir l'œil. Juste un ton plus clair. Même les vieux coqs font plus là distinction. Certains jours, l'éclairage public ne s'éteint pas. Le soleil c'est levé, pourtant, forcément, il est là, quelque part au -dessus de l'horizon, derrière les brumes, les fumées, les nuages lourds et les poussières en suspension. Il faut s'imaginer un sale temps par... [Lire la suite]

16 juillet 2018

Mylène Bouchard "L'imparfaite amitié"

« On désir davantage ce qu’on ne possède pas et ce qu’on a perdu. Posséder tue le désir, à moins d’aimer extrêmement fort. Plus fort que tout, repousser toutes les tentations. Résister infatigablement. A tous les autres, tous les hommes, toutes les femmes, à toutes les offres, à tous les autres lièvres qui surgissent des fourrés et bondissent jusqu’à toi. Choisir à nouveau l’être aimé, aussi longtemps que possible, jusqu’au bout de l’histoire. Quand on parvient à choisir, on peut aimer encre, aimer très fort, et résister, et... [Lire la suite]
25 juin 2018

Jean François Beauchemin "le jour des corneilles"

  « Nous logions, père et moi, au plus épais de la forêt, dans une cabane de billes érigée ci-devant le grand hêtre. Père avait formé de ses mains cette résidence rustique et tous ses accompagnements. Rien n’y manquait : depuis l’eau de pluie amassée dans la barrique pour nos bouillades et mes plongements, jusqu’à l’âtre pour la rissole du cuissot et l’échauffage de nos membres aux rudes temps des frimasseries. Il y avait aussi nos paillasses, la table, une paire de taboureaux, et puis encore l’alambic de l’officine, où... [Lire la suite]
07 juin 2018

Stéphanie Chaillou "Le bruit du monde"

  « Marilène se souvient de la force qu’elle a mise à exister. La force qu’elle a déployée pour simplement accomplir cette chose-là, à l’époque, exister. Une force sombre et animale. Une force obscure qui pouvait tout balayer. Parce qu’il y avait quelque part en elle, elle ne savait pas où, une envie brute d’exister. C’était le mot. Exister. Un désir fou de s’affirmer. D’être là avec les autres. De ne pas être effacée. De participer. D’être là. De vraiment compter. »  Il y a des livres qui vous explosent au... [Lire la suite]
02 juin 2018

Pauline Desnuelles " 200 mètres nage libre "

 « Tu n’as pas compris, tu ne peux pas comprendre le peuple cap-verdien. Qui es-tu pour nous donner des leçons ? Je t’ai vu débarquer de ton Irlande froide, je t'ai vu t’acclimater ici. J’ai aimé ton regard sur les gens, tes échanges avec eux. Je t’ai senti bienveillant, sans jugement. Nous t’avons accueilli les bras ouverts. Ce soir, je suis déçue. Ton orgueil d’Européen te rattrape. Avais-tu besoin d’ensorceler Elea ? Reste à ta place, Liam, ton rôle est celui de l’étranger qui enseigne le kitesurf et se nourrit... [Lire la suite]
25 mai 2018

Françoise Héritier "le sel de la vie"

  Certains livres sont comme des rendez vous importants, des rencontres qui ont lieu au moment où elles devaient se faire, sans bruit ni fracas, sans heurt ni tempête. Des rencontres solaires, lumineuses, puissantes dans ce qu’elles transmettent, véhiculent, donnent, offrent. Des rencontres comme des sels de vie, des épices qui donnent le piment, rehaussent nos quotidiens. Des rencontres comme des ingrédients qui deviennent nécessaire à nos souvenirs, nos petits bouts de rien qui organisent nos pas, qui subliment nos... [Lire la suite]

18 mai 2018

Raphaëlle Riol "Tanguy Colère a disparu"

« J’ai lu un article, récemment. Il y aurait en France environ 40 000 personnes qui disparaissent chaque année. Les trois quarts sont retrouvées. Reste un quart d’entre elles dont la disparition demeurera non élucidée pour toujours. Il y a des gens qui s’évaporent au beau milieu d’une fête, d’autres qui ne reviennent jamais de la boulangerie où ils étaient partis chercher une baguette. Certains blogs sur Internet échafaudent des théories foireuses sur des enlèvements par des extraterrestres, des trous noirs, des zones... [Lire la suite]
10 mai 2018

Jean Baptiste Gendarme " la nuit et des poussières"

  « Toute sa vie, on court après quelque chose,  on veut aller au bout du monde pour raconter des histoires, comprendre les autres, donner à voir l’univers à ceux qui ne le voient pas. On gagne des médailles, on nous épingle des décorations sur nos vestes, on serre la main des puissants : grand patrons, hommes politiques, hommes et femmes remarquables. On écrit des livres, réalise des films, on chante, on danse, on construit des ponts… Et un jour, on se réveille dans notre lit sans savoir qui est la personne... [Lire la suite]
07 mai 2018

Gabrielle Tuloup " La nuit introuvable"

  « Depuis quelques temps la vie est parfois un peu floue. J’ai du mal à distinguer hier d’avant-hier, et les mots qui ont une consonance proche prennent un malin plaisir à jouer à cache-cache les uns derrière les autres. Evidemment il y a des ruses, noter l’heure des rendez-vous, ne pas oublier sa liste de courses, trouver un synonyme quand le mot juste file dans un recoin du cerveau. On peut toujours réussir – pour un temps du moins – à garder haute cette tête qu’on finira par perdre tout à fait. On peut s’arranger, comme je... [Lire la suite]
06 mai 2018

Jean François Pocentek "Gens du Huit Mai"

« J’aime la pluie, et j’aime marcher. Je suis venu tôt un matin, marcher ici. Vous dormiez tous encore. Je ne dirai pas que je vous ai vu. C’est mon secret. Il en faut dans un carnet intime, même le carnet des autres.Et puis, il me fallait marcher pour rencontrer ceux qui n’aiment pas être pris dans les intérieurs. »  Place du Huit Mai, le bloc Havret, quelque part entre ici et un ailleurs, un nord parisien et un nord de «  j’chui ichi ». Des parpaings, des tours, des rues qui serpentent entre des immeubles... [Lire la suite]