"Quand nous serons frère et soeur " Sophie ADRIANSEN

 

Ce roman je le voulais tellement. Oui je le voulais tellement. Je savais qu'il me parlerait, qu'il irriguerait mes yeux un peu plus que d'habitude, qu'il serait doux, bon et tellement, tellement .... "Quand nous serons frère et soeur" est un de ces romans qui arrive à temps dans nos vies. Le moment où nous avons besoin nous aussi, de retrouver une famille, de découvrir une autre fratrie que celle imposée, aimée ; une famille de coeur, une famille accueillante et sans arrière pensée. Une famille choisie.

 

"Quand nous serons frère et soeur" est un magnifique roman sur la filiation, le racisme ordinaire, quotidien, sournois et méprisable (qu'il soit de couleur, facial, sexuel ou juste vénal), le combat ordinaire du monde du travail, la découverte et l'ode au bonheur, à ces petits riens qui font tellement de bien, à la notion de partage, d'humanisme et de fraternité qu'il soit de sang ou non. C'est un ouvrage sur la reconstruction, la notre comme celle d'une maison abandonnée en pleine campagne auvergnate. C'est l'amour de vouloir briser les tabous, les sous-entendus. C'est l'amour et la volonté de vouloir rencontrer, partager, aimer un être qui à l'origine nous est complétement étranger, loin, inconnu. Aimer un frère jamais rencontré.

 

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Pour vous dire la vérité je n'ai pas envie de vous raconter l'histoire... Pas parce qu'elle ne m'a pas touché. Loin de là... Non juste parce que c'est une histoire qu'il faut prendre le temps d'apprivoiser, de succomber, de rencontrer Louisa, Matthias, Cécile et le bel Allan. Une histoire qu'il faut apprendre à connaître, à aimer tendrement.

C'est une histoire où il faut apprendre à laisser tomber les carapaces, à s'ouvrir aux autres, "aux carpes" (vous comprendrez à la lecture), à l'étranger. C'est une histoire où il faut apprendre à laisser tomber tous nos idéaux de gloire, de volontés éphémères et farouches, de l'étranger si proche de nous. C'est une histoire où la beauté des lieux, la beauté des êtres, la douceur, la chaleur humaine irriguent les terres les plus arides, les plus désertes. C'est l'histoire en fait d'une vie nouvelle, de l'espoir.

 Il y a des romans où les idées préconçues, le racisme ordinaire, le néant se rappellent à vous. Il y a des romans où la douceur de vivre, la notion de partage, de rencontres, de famille de cœur prennent tout leur sens, indéniablement. Et il y a des romans qui vous emmènent, embarquent et vous enveloppent, vous font du bien, vous ouvrent, vous libèrent et vous disent qu'il y a raison à espérer, à continuer, à regarder, à s'ouvrir à l'autre, aux autres, à trouver une famille.

Je ne pourrais vous résumer mieux ce roman qui m'a véritablement touchée, convaincue de la nécessité de se trouver une famille, de renouer avec les liens. Et Sophie Adriansen décrit merveilleusement bien tous ces petits riens qui font beaucoup de bien. Et comme je l'aime beaucoup (oui oui... Sophie ne rougis pas s'il te plaît, tu me ferais pleurer autrement), je m'étais jurée de bien lire ce roman et d'être franche avec l'auteure et moi même. Je n'ai pas eu besoin.... Sophie, j'ai tout simplement aimé oui c'est le mot et pas un autre  : AIME ton roman et je m'en voudrais de ne pas te le dire franchement.

 

Juste pour le plaisir des mots et des phrases lues :

- "Parce qu'il n'est jamais trop tard pour se découvrir une famille. En souvenir d'une jolie rencontre au couvent des Cordeliers. Bonne lecture... Châteauroux 05 mai 2013 " (je ne mets jamais les dédicaces des auteur(e)s car elles sont censées être personnelles... Mais là Sophie... ce mot m'a tellement touché, cette rencontre .... que bah voilà, je partage aussi).

 - " Louisa réalisa que Matthias était à l'image de sa maison celle-ci, plutôt abrupte d'aspect extérieur, faites de bric et de broc, se révélait attachante pour qui osait en pousser la porte, et généreuse avec qui y passait un moment. A moins que ce ne fût l'inverse, et que Matthias ait façonné son domicilie à son image ? C'était en tout cas difficile de les imaginer loin l'un de l'autre. "
- " Alors il se fit un grand silence. J'étais parvenu à ma place."

- " Si la fraternité était une valeur qui rapprochait les êtres, si les proches amis s'en réclamaient entre eux, être frère et soeur pour de bon était un état de fait qui n'avait guère à voir avec les affinités. "

- " Pourquoi jusqu'à l'estomac d'une femme pouvait-il avoir plus de valeur que celui d'une autre ? Pourquoi l'appétit, le rythme biologique devaient-ils aussi dépendre de cela ? Qui avait fait rentrer cela dans les usages au point d'en faire une normalité qui ne choquait plus personne ? "

 

Et si voulez poursuivre avec un autre billet, faites un tour sur le blog de Blablablamia. Elle en parle divinement bien.