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« Stars shining bright above you,
Night breezes seem to whisper, "I love you";
Birds singin' in the sycamore tree;
Dream a little dream of me... »

 

 

Bon sang qu’est ce que j’ai aimé la lire cette BD. Qu’est ce que j’ai aimé feuilleter, fredonner, redécouvrir celle qui était une Mama’s, la Mama-Cass, celle par qui ce groupe a existé, celle par qui ces chansons sont arrivées jusqu’à nous, celle par qui son appétit féroce de vivre la vie à l’extrême était une nécessité absolue. Un vrai coup de cœur, un vrai cri du cœur.

 

Tout commence le 8 décembre 1941, lendemain de la déclaration de guerre des Etats Unis et de l’attaque de Pearl Harbor. Tout commence dans une cuisine, autour de la table, où est regroupée la famille Cohen.
Il y a là Mamie Chaya, venue aux States pour fuir les guerres, Papi Joseph, juif de gauche, syndiqué ou du moins avec une conscience politique aigue, Philip le père, chanteur d’opéra à l’ulcère carabiné qui a peur de tout sauf de la vie, et Bess la mère, ancienne chanteuse d’un groupe de jazz, qui travaille pour nourrir tout ce monde, surveille la trésorerie de l’épicerie cachère familiale, pilier central de cette famille déjantée à l’extrême.
Et puis il y a Ellen, bébé aux joues rebondies et au visage souriant qui va grandir entre les airs d’opéra que son père fredonne et ceux de swing-jazz que sa mère chantonne en faisant la vaisselle. Ellen, enfant sensible, gracile, aimant son père plus que tout. Ellen, une petite fille qui  aime la vie, danse dans le vent, chante l’opéra déjà comme personne. Son seul gros défaut : Ellen n’aime pas manger. Elle préfère jouer les tragédies grecques, déclamer Shakespeare à son père le soir au moment du coucher.
Mais du jour au lendemain, Ellen devient la grande sœur. Son appétit de vivre se mue en appétit tout court. Elle mange pour être aimer, elle se goinfre jusqu’à devenir au delà des normes infantiles, elle bouffe la vie par tous les pores de sa peau, transforme son corps, sa personnalité jusqu’à en devenir attachante,  « attachiante », excentrique, fragile, sensible, démesureé, droguée à l’amour.

 

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Et c’est cette force de caractère qui fait d’elle une femme forte, une femme merveilleuse, lumineuse où la vie se tient sur un fil, un air, une note. Une femme que l’on suivra jusqu’à la concrétisation de son rêve d’enfant : devenir une star ! Et qu’elle star : Mama Cass, celle de California Dreamin’ des Mama and Papa. Celle qui recherchera toujours l’amour, qui cherchera toujours à aimer pour se faire aimer mais qui n’arrivera jamais à cette idylle…
Mais là, je ne vous en dis pas plus... Plongez vite dans cette bande dessinée.

Pénélope Bagieu a réussi un vrai tour de passe-passe. En cassant son image lisse de BD girly faite à l’ordinateur et en ressortant son crayon, elle a tour à tour exploité le domaine graphisme de manière somptueuse en laissant la mine prendre toute l’ampleur nécessaire, devenir reine de la page, ne pas être juste mais sensible, vrai, tendre et à la fois réelle. Elle s’est imposée comme s’est imposée cette déesse de la chanson folk américaine des années 60/70.  

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Elle nous amène par ses croquis, son style narratif a retrouvé le chemin de ces années et entrevoir le parcours de Cass avec une réelle beauté, un visage d’une Amérique puritaine et à l’image bien ancrée dans les images stéréotypées (la lutte contre l’obésité par l’ingurgitation de pilules à teneur toxique notamment, l’ingurgitation à l’extrême de drogues, les musiques à la mode, les valeurs familiales... ).
On explore l’univers folk et on se prend à chanter ces airs parvenus jusqu’à nos oreilles. On ressort les vinyles des Beatles, de Scott McKenzie, des Beatnicks de l’époque et on se laisse emporter par le coup de crayon faussement naïf, maladroit de Pénélope Bagieu.

Et c’est cela sa force. D’un roman graphique, elle fait de l’image d’Ellen, Mama Cass, une vraie déesse, une femme au caractère bien trempé et à la physionomie hors norme mais où la fragilité rebondit à chaque case, chaque page. Un vrai coup de cœur, une grande envie de réécouter tous ces titres et un bel hommage à Cass, cette star filante assise sur une étoile lumineuse et éternelle.

A retrouver la magnifique chronique de celle qui fut à l’origine de ma lecture : le bar à Mo (vile tentatrice, continue tu fais un bien fou ! ) mais aussi chez "un dernier chapitre"

  

Califonia Dreamin’
Pénélope Bagieu

Gallimard

(en prime la captation de ce titre où des sirènes apparaissent - à voir absolument)

♫ The Mamas And The Papas ♪ California Dreamin' ♫ Video & Audio Restored