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" Cette histoire est arrivée il y a plus de dix ans, pourtant nous en parlons encore... Je sais qu'elle nous a marqués différemment. Pour moi, c'est un bout de mon existence qui a décidé et bouleversé mes premiers pas dans ma vie d'adulte".

 

Cette bande dessinée je la possède dans ma bib depuis un petit bout de temps. Et je peux vous l'avouer : à chaque fois c'est un immense plaisir à la redécouvrir, de la lire et je me décide enfin à vous en parler... Et malgré un thème lourd, vous auriez tord de ne pas tourner ces pages et l'aimer car il est des récits qu'il faut savoir s'imprégner, faire tomber ses à prioris, des batailles qu'il faut savoir mener, des chemins qu'il faut savoir chercher pour réapprendre à vivre et à aimer.


C'est l'histoire de Judith, 25 ans, qui se bat contre une sombre malade, l'epilepsie. C'est l'histoire d'une jeune femme qui apprends à vivre avec ses trous de mémoires qui lui enlèvent son identité, ses absences quotidiennes, anodines et qui font d'elle une autre femme. C'est l'histoire d'une histoire trouble, double, une histoire que l'on se souvient longtemps mais que l'héroïne elle ne se souvient pas. L'histoire d'une cicatrice, l'histoire d'une empreinte sur un temps qui passe, l'histoire d'une fissure qui laisse filtrée la lumière de la vie.

 

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Et l'on devine rapidement que Judith est en fait l'auteur : Elodie DURAND elle même atteinte de cette maladie.

De ses cartons mémoriaux sont sortis des brides de vie, des brides d'humanité, une vie entre parenthèses... Elle nous plonge dans son histoire de manière très objective et jamais rébarbative.

Le récit est limpide, fluide et se lit d’une traite. Remarquable. Remarquable car cette bande dessinée est une vraie merveille de résilience, de rires, de dérisions sur sa propre maladie.

Car ce n'est pas seulement l'épilepsie que combat Judith mais aussi une bien plus sombre tache, une tumeur maline qui lui retire ses facultés mentales et intellectuelles au fur et à mesure que la maladie progresse. Une dégénérescence.

 

Elodie DURAND nous raconte son chemin face à la maladie, aux divers remèdes, cures et grigris pour lutter contre ces trous béants tout en niant sa tumeur et ses troubles. Et du fait de ses trous de mémoire, la maladie glisse, se perd dans les méandres de sa conscience. Et ce qui pourrait passer pour un recueil lourd et larmoyant devient quelque chose de riche et résilient. Une belle mise en abîme d'une folie passagère.

Ce n'est pas moralisateur, pas théorie médicale, pas glaciale. Non au contraire, c'est une parenthèse bleue dans un univers noir. Ce témoignage sur ces quatre années de sa vie est d'une lucidité contrairement à ce que le thème pourrait laisser croire. Une lucidité sur ses colères, ses pertes de repères et de contrôles, ses flashback, ses douleurs et celles de ses proches, ses émotions, ses sensations, ses bonheurs.

 

Le dessin en noir et blanc est sobre, très expressif. C'est griffonné, jeté sur le papier comme pour témoigner le mal-être de l'héroïne. Cette tourmente est aussi sa planche de salut. Par ces dessins, l'illustratrice rend son récit encore plus fort. La mise en page varie fréquemment et les trouvailles graphiques foisonnent… L’illustration est donc particulièrement riche, superbe, angoissante, sensible, douce, forte, magnifique.


"La Parenthèse" est une reconstruction, une page qui se tourne, qui laisse entrevoir une nouvelle force, une autre énergie. 


"J'ai tendance à oublier plus facilement les choses mais nous faisons tous cette expérience de l'oubli et de l'imprécision. Ces empreintes de passé sont devenues une part de moi à présent..."

 

La parenthèse est à retrouver chez Noukette et Mango

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