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« C’est à 11h03, le samedi 2 avril, que l’on a sonné à la porte de Notre Château.
C’était extraordinaire. Cela n’arrive jamais. On ne sonne pas chez nous. On ne sonne jamais à la porte de Notre Château. » 

Il y a quelque chose d’incroyable dans cette aventure des 68 premières fois, incroyable et bien réel : tomber sur des livres, des histoires que nous n’aurions jamais abordé, des récits à l’opposé du style habituel de littérature, de son univers… Enfin bref, tout ce qui pourrait aux premiers abords, nous repousser dans nos retranchements, nos frayeurs, nos angoisses tant ce premier roman nous emmène vers d’autres rivages, du domaine fantastique, gothique, à la limite du paranormal psychologique. 

Quel étrange livre que « Notre Château ». Quelle force dans l’écriture, quelle toxicité, quelle montée en dramaturgie. Il est un festival de cet univers à la limite des frontières du fantastique et du psychologique.

Une écriture incroyable, déroutante, basée sur une narration en boucle d’une ambiance, de mots, de faits, comme un leitmotiv auquel les personnages semblent se raccrocher, des habitudes de vie qui stigmatisent, un univers clos, des paramètres inflexibles. On lit à l’imposture, on crie au génie, on reste médusé, trituré entre la beauté et la noirceur de ce mantra littéraire.
Une écriture intense, nerveuse, en boucle comme pour mieux asséner, singulière, un mécanisme qui monte en puissance, ne nous laisse plus respirer, captiver par ce lieu, ces personnages, ce château qui devient lieu hanté de souvenirs moribonds. C’est fort, captivant, insolite, angoissant, obsédant et terriblement bien écrit, maitrisé. Un coup de génie oui.
On lit une histoire écrite à l’eau-forte, où la féérie se mélange à l’étrangeté, où les tabous ne sont plus tabous mais imaginaires, fantomatiques. La bête humaine rôde à chaque coin de pages, de mots, dans chaque espace écrit, chaque silence de l’âme noire. On obéit à la nécessité de savoir, comprendre, envouté par l’étrangeté de l’histoire. Hypnotique. 

Emmanuel Régniez nous emmène à lire une histoire à très forte toxicité, à la noirceur d’âme insoluble dans l’encre, à la teneur nerveuse des dédales nauséabonds du cœur. Un coup de génie digne d’une œuvre cinématographique avant-gardiste de Fritz LANG, allant de M le Maudit au testament du docteur Mabuse, digne des premiers films en noir et blanc qui signaient les prémices d’un cinéma fantastique, un Kubrick littéraire, un Edgar Poé moderne, un Méliés des mots. Un vrai exercice de style dont je suis ressortie en me disant que ce roman est digne des grands contes baroques de la littérature du 19ème remodelée à la sauce d’Emmanuel Régniez du 21ème siècle. Un coup de génie oui.

Magistral, envoutant, terriblement séduisant de noirceur. Grandiose. 

Il y a des lectures où on ressort rempli de questions, de réflexions, de densités et découvertes littéraires. « Notre Château » en fait partie. (Et vous avez remarqué que je ne vous ai pas raconté l’histoire de ce château juste pour vous donner l’envie de plonger dans ce roman irréel, fantastique, incroyable)

 

« Je pense souvent aux mondes parallèles ; aux mondes autres que le nôtre. Nous vivons dans un monde, mais il y en a tellement d’autres possibles. Et sans doute que parfois ces mondes parallèles se rejoignent, se retrouvent, comme les vies parallèles qui finissent par se retrouver. »

 

A découvrir aussi chez Mots pour mots, Tout ce qui se lit sur du Papier, Domi C Lire, Framboise, les jardins d’Hélène, Entre les lignes, Le chat qui lit, ... et chez Babelio… A écouter en lecture, les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes et la chronique littéraire de l’insatiable Charlotte. 

Un billet écrit dans le cadre de l’opération menée par l’insatiable Charlotte et des 68 premières fois, édition 2016.

 

Notre Château
Emmanuel Régniez

Le Tripode

68 PREMIERES FOIS EDITION 2016