trois-trucs-bien

« Lu 1/6
ne pas être affolée parce qu’il y a plein de monde au supermarché
appuyer  pour la première fois sur le bouton « on » du programmateur
lire un livre étrange d’un auteur étranger qui a une pensée et une culture différentes 

mar 2
voir les 4 enfants des vacanciers d’à côté, qui dorment côte à côte à la belle étoile, se réveiller l’un après l’autre avec le soleil dans l’œil
à quatre pattes devant la glace, se couper les cheveux et trouver la coupe réussie
recevoir par la poste son nouveau livre, bien avant la publication officielle 

merc 3
se lever à 6h du matin avec le ciel jaune et rose, et cuire son 1er four de porcelaine
comprendre par quel bout il faudrait attraper une nouvelle maquette graphique ratée pour le moment
aller travailler tard le soir à l’atelier, mais avec grande efficacité »
 

tourner autour des tables de ma librairie et être happée par l’objet au format riquiqui et innovant
ne pas se laisser prendre par la surprise et résister à l’achat compulsif même si le trouble de l’avoir feuilleté et tenu persiste
le reposer et s’éloigner en y pensant encore et se dire que cette pensée est peut-être le meilleur des présages, la meilleure chose qu’il puisse arriver
sentir le vent froid s’engouffrer dans l’impasse et remonter le col du gilet manteau. Sentir le chaud jusqu’au bout du nez

croiser de multiples regards vides ou ternes, les voir, y réfléchir, se dire sans cesse qu’il faut continuer à les regarder ces regards  fatigués, y puiser la force et la sensibilité
recevoir en retour un sourire, y penser fort, très fort comme un phare balise, une lumière dans le gris 

acheter des billets de trains pour une virée parisienne prévue en fin de semaine
rire avec celle qui me les vend quand je lui dis que je me rends à un salon du livre, parler bouquins et écrivains, ce qui est beau et fait grandir
Acheter le livre des 3 trucs bien celui au format riquiqui et innovant 

s’envoler un vendredi matin, brouillard et crachin
penser très fort à son amie qui est entre deux attentes, entre deux points, l’emmener avec, lui prendre la main
atterrir à 12h05 et être attendue à côté du portillon d’accès au métro sous le panneau ligne 4

déguster des rillettes autres que celle de Tours et pêcher un saumon dans un resto auvergnat
voir dans les regards et les sourires, la complicité des amies, des mots et des possibles
s’entourer de chaud durant un après-midi, de doux, de beau, de cette vérité qui fait avancer 

passer 2 jours auprès de mots pour mots et se dire que cette aventure ne pourrait s’arrêter
avoir les jambes bloquées par un poilu installé dessus, c’est tout chaud et doux
faire un marché et boire un thé saveur menthe en s‘imaginant à Bahia 

revenir et lire un livre qui me fait « pauser », fait dire que cette vérité est bouleversante et réelle, belle, que celle que je lis ne doit plus douter de ce qu’elle est, une écrivaine assurément, qu’elle me bouleverse et me donne cette envie d’avancer, de ne plus poser mais de saisir, de croire en un autre monde possible, de croire qu’il est bon d’être pauvre quand on est riche de soi et de ce que l’on reçoit, ressent, sent.
envoyer un texto et lui dire, lui dire que ces mots sont beau, qu’ils résonnent en moi, qu’ils me font vibrer, que j’en vibre, m’en imprègne comme on s’imprègne d’un silence en soi, de cette nécessité de faire communion avec la vérité d’une délicatesse absolue, d’une vérité, d'une écriture qu’il ne faudrait plus rendre aveugle, fantôme.

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Se dire que ce livre des 3 trucs bien de Fabienne Yvert est décidément une bonne méthode pour écrire dans sa tête, voir le beau continuellement lorsque le gris s‘installe.  Y penser très fort comme un apaisement, une vérité à nos chemins, qu’ils soient tortueux ou droits, spleen baudelairien ou réjouissant. A la limite se moquer des jours à venir et se tenir à celui-ci avec ces 3 fois rien mais c’est beaucoup. Les partager. Partager ces moments avec ceux qui y contribuent, ceux qui ne sont jamais loin. Trouver l’exercice épatant et se dire qu’il faudrait s’y tenir comme s’y est tenue Fabienne Yvert, pendant un an, juste pour voir et se rapeller que parfois même dans ce quotidien qui nous rudoie, il y a ce quelque chose auquel on accorde un peu plus d’importance, un rien, un trois fois rien, un truc qui nous aide à tenir, à vivre, à rire, ou tout simplement à grandir, être. 

Se dire que ce 3 trucs bien de Fabienne Yvert va se poser là, sur cette pile qui est juste à côté de ma main, celle dans laquelle j’aime y puiser quelques mots, y sentir le beau, le bon, le doux, le vivant, les phrases qui nous remémorent combien nous sommes vivant malgré les peurs, les chagrins, les malheurs, les joies, les riens, les instants de pas grand-chose mais qui fait que l’on ressent ces pas grand-choses comme des trucs de bien. Je vais le garder à portée de main, puiser quelques dates au hasard, me dire que ces mots sont comme des couleurs, des pots de peinture oubliés, des polaroids qui se dévoilent sans que l’on sache si la photo sera réussie ou non.

Se dire que ces quelques lignes écrites y sont la vie, avec ces composants, ces éléments qui nous font vivre, avancer, battre le cœur, rencontrer, que chacun d’entre nous y trouve une/sa sensibilité. Ne pas en demander plus, n’attendre trop mais savoir que 3 trucs de bien c’est beaucoup et qu’on y revient chaque jour en y regardant bien.

  

« lun 8
avoir les yeux qui s’ouvrent tôt pour se précipiter à l’atelier
retrouver le chemin de son lit quand on est fatigué
prendre le temps de finir son livre avant de retourner travailler 

mar 9
utiliser une vielle passoire pour faire une nouvelle lampe
un artiste qui utilise des livre de bibliothèque publique mis au rebut pour en faire des belles sculptures en pâte à papier
aller faire la sieste quand on a les yeux qui se ferment tout seuls. » 

 

3 trucs bien
Fabienne Yvert
Le Tripode

 

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