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« Nous sommes des êtres de liens. Plus que tout, nous tendons vers ce qui nous relie – à nous-mêmes, à l’autre, au monde et à ce qui nous transcende. Nous avons besoin de nous sentir ainsi liés, et ce sentiment précède celui d’être unis, de participer à cette formidable et vertigineuse aventure qu’est la vie. » 

Une île. Une île comme un corps, une âme. Les nôtres. Cet état-territoire dans lequel on se réfugie, repartons à notre conquête. Ce pays, source d’une solitude, de paysages morcelés, sauvages, qu’il nous faut recomposer, réapprendre à entendre, voir, regarder. Une île inondée par l’océan, les mers, fleuves et rivières, caressée par les vents, la bise du nord, les airs tempérés, les zéphyrs brûlants. Une île comme l’ultime camp, ce lieu unique où l’on s’exile à l’intérieur de soi. Cet endroit où nous  réentendons la complainte de notre lande perdue, nos rêves brisés et nos douleurs souffrances d’une quête interrompue, d’un rêve immolé, d’un chemin qui se dérobe sous nos pieds.
Une île comme notre intimité, notre espérance vertigineuse à recomposer notre chant, s’étreindre dans le murmure des vents, la caresse du soleil. Une île comme entendre son cœur dans l’alchimie qui compose la vie.  

«  Une ile à la fin d’une route, au bout d’un continent. Je suis venue ici pour écrire sur les liens, écrire sur les ruptures, comme si, faisant bouger les lettres, je trouvais dans l’île l’image même de ce que nous sommes, des êtres de liens, tantôt lieurs et tantôt liés, toujours liables. »

 

L’étreinte des vents d’Hélène Dorion n’est ni un roman, ni un récit de vie. Il est cet instant où l’on ouvre les pages d’un livre et on découvre le souffle infini, la mélodie des mots, la douceur et la lente respiration d’une phrase. Il est une étape, une lente et nécessaire reconstruction aux liens brisés qu’ils soient de chairs, de sangs ou d’esprits, à ces cicatrices visibles et invisibles, à ces douleurs souffrances qui nous emmènent loin du monde, dans un lieu retranché où seul notre capacité à nous prendre par la main, à nous entourer et nous éteindre, à communier avec ce qui nous relie, nous donne cette puissance à revenir à la vie.  

Hélène Dorion, poètesse et écrivaine québecoise, nous emmène sur sa quête du sens, des liens où elle réfléchie à cette nécessité de revenir aux sources premières qui nous guident, à cette part d’intimité qui est en nous après une rupture, un point de non retour, une relation désunie. L’amour est sa matrice, sa respiration méditative et sa démarche à retrouver le sens de la vie, le pourquoi il nous chahute, nous enveloppe, nous terrorise, nous élève.
D’une écriture douce, tendre, élévatrice, emplie de sagesse, on marche à ses côtés, entre en soi, s’élève pour reprendre possession de notre intimité, de notre île. Nous revenons nous entendre, nous regarder, voir ce qui est autour de nous et nous ouvre au monde. Tel l’inconstance de nos vies, notre impermanence et mouvance, notre île se transforme, rudoie aux éclats de nos nuits, rougie à nos colères, s’harmonise à nos respirations et écoute des étreintes des vents, des caresses que nous acceptons, nous recommençons. 

« J’accepte de faire éclater le noyau de mon être son essence même, ce par quoi je m’adresse au monde. C’est à partir de ce lieu que je me relie à la vie, et je ne pourrais le quitter sans renoncer totalement à moi-même ? Car rompre avec soi signifie s’arracher à notre cœur. J’abandonne la lutte, je lâche les amarres : j’entre dans le recommencement. »

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Comme un recueil, on avance, chemine, nage dans nos eaux troublantes. Nous façonnons notre itinéraire, nous reliant à soi, l’un à l’autre, les uns aux autres, entendons dans notre souffrance, la puissance des jours et des nuits célestes, la lente traversée qui nous mène vers des rivages, des terres qui nous ramènent à la vie.
Tels des fils de mots, des phrases lentes où chaque lettre devient respiration, souffle, nous réapprenons à nager, à télescoper nos écueils pour devenir territoire, redécouvrir cette part d’intimité vitale, cet état de mélancolie qui nous tourne vers le beau, le doux, le sage, vers ce qui est lumineux, diaphane, enveloppant.   

« Il a fallu une telle force pour simplement ne pas renoncer, pour ne pas baisser les bras, baisser la tête, mais plutôt traverser, traverser jusqu’à la vie, jusqu’à la rive noyée dans le brouillard. Il a fallu l’espérance pour faire face au dragon et le laisser révéler ses trésors. » 

Il n’y a nul aspect de séduction ou de conquête de soi sur soi, de soi sur le monde. Il y a juste la simple et  lente résurgence à la vie, la beauté des choses qui nous soigne, nous étreint et nous donne ce courage à notre reconquête, à cette part d’intimité renaissante. Revenir, se réinscrire dans les territoires multiples de nos îles, dans ces berges qui nous tendent les mains, ces paysages qui nous recueillent, nous aimantent, nous « aimante », nous reconstruisent, soignent, pansent, nous donnent la force et le courage de relever le buste puis la tête, de traverser nos étapes de vie, de voir en nous notre clarté et révéler nos trésors.
Comme un lâché-prise aux bourrasques, tourments et vents qui nous éloignent des rives, ces instants de silence et de recueillements qui nous font revenir à la vie, nous transforment, nous ouvrent et nous étreignent dans la beauté des vents, de nos paysages et landes, dans le secret de notre intimité qui nous relie à soi, l’un à l’autre, les uns aux autres.

 

« Les ruptures sont des mondes de passage, des motifs de transformation. »

 

Et rédécouvrir : Comme résonne la vie paru aux Editions Bruno Doucey
Le site d'Hélène Dorion : www.helenedorion.com

   

L’étreinte des vents
Hélène Dorion
Druide

Hélène Dorion, L'ÉTREINTE DES VENTS (vidéo)