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« Cette maison est un peu secrète : non pas que je la cache, mais de loin, quand je n’y vis pas, c’est-à-dire neuf mois sur douze, elle m’apparait comme un secret lointain, enfoui. Je la porte en moi comme un noyau invisible, et y penser me donne ne même temps la plus grande force et la plus grande faiblesse. Je ne tiens pas trop à ce que d’autres la voient quand je n’y suis pas : comme si je voulais garder jalousement un mirage qui n’apparait que pour moi, chaque été. »

Quelque part dans au Sud-Ouest de la Creuse. Beaumont et le puy des Cards. L’hiver.  Une forêt. Un chemin, des ronces et des herbes hautes, une futaie entremêlée. Sortant des broussailles encore mal défraichies, une maison de briques et  vieilles pierres volcaniques, granitées. Une masure surgit de la brume, une sente, des chemins de traverse où personne ne met les pieds. Un lieu secret, perdu, comme abandonné, ensommeillé, caché, loin de toute rumeur et vie. Loin de tout.  Une maison qui ne ressemble à rien, qui ne donne rien à voir, quasi une ruine pouvant mettre mal à l’aise, donnant à détourner le regard, paraitre laissée là. Un lieu enfoui et secret, « aussi irréelle qu’une page écrite ».

 

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« Elle ne cesse de l’être que lorsque je l’ouvre, au début de l’été. Et alors ce n’est plus la triste lecture, c’est toute l’allégresse de la vie. La vie même, la mienne, et non plus un temple, quand je mets la clef dans cette serrure, des fougères jusqu’au ventre. »

Cette masure est celle de Pierre Michon. Le lieu est sa tanière, sa chambre d’écriture, son endroit où rien ne semble vivre sauf ses mots, ses pensées, ses écrits. Un lieu comme un grenier, un endroit secret propice à la création, la sienne. « La maison écrite », l’ancienne maison stèle de ses échecs et frustrations face à son écriture, face à cette part qui marquait le délabrement de son être écrivain.

«  C’était un reproche dressé dans mon esprit, un souvenir massacré, persistant et bien visible dans le présent défiguré. Oui, un jour reproche bâti en pierres de taille. »
« J’y déplore son effondrement et ce faisant j’y remédie. […] Ce que vous avez photographié, en somme, c’est un remord qu’un livre a un peu apaisé. Et vous avez si bien restitué ou réinventé tout ça, avec vos effets de brouillard, ces nappes spectrales. La maison du brouillard. »

 

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Vermillon est la rencontre entre Pierre Michon et Anne-Lise Broyer, entre un écrivain et une photographe, entre des mots et un regard, entre le gris du texte, du livre, du paysage et le rouge déposé par touche, comme des blessures, des égratignures/écorchures de Vies Minuscules, les éraflures-stigmates du temps qui passe.
On chemine entre le flou d’un romantisme issu d’un appareil argentique, d’une faible profondeur de champ qui donne cette impression d’abandon de vie, de souffle ralenti et le passage des émotions, de la fibre sensible qui modifie la perception de l’image et des mots, des phrases écrites. Les mots de Pierre Michon sont comme un écho à cette vision de vie embrumée, d’un passage, d’une transition, d’une cabane ou une chambre d’écriture, la maison écrite comme aime à le rappeler l’auteur. L’air et le cœur bouge et fait découvrir à travers des objets déposés, redécouverts, la vie minuscule, les trois fois rien qui font matière à création, offre l’évocation d’une âme à cette masure abandonnée comme une vibration, un appel, à la vie qui se réveille.

A découvrir l'exposition autour de ce récit et le site d'Anne Lise Broyer

Vermillon
Pierre Michon et Anne Lise Broyer
Verdier /Nonpareilles

 

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