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Parfois on se sent tout petit, minuscule comme très loin des grands arbres qui de leurs ombres devraient au contraire nous apaiser de leur feuillage protecteur. Des fois la vie nous semble si vaste, si loin de nos rêves et de nos possibilités que leurs feuilles deviennent impossible à attraper comme trop hautes et nous si petit, minuscule devant cette immensité. Si petit et si éloigné.

Si petit au pied de ce grand arbre aux branches enchevêtrés. Si petit face à la forêt, aux idées qui se fracassent aux troncs, comme se fracassent les vagues face à la digue, à la plage abandonnée, au bois sombre. On attend ce moment où accroché à la rugosité tendre de leurs peaux, de cette surface qui est écorce, l’accalmie viendra se déposer et apporter le réconfort, la tendresse, la douceur qui nous éloigneront des tempêtes et idées noires. L’entourer comme on se drape d’un manteau, on se love dans des bras consolateurs, protecteurs.

Mais rien à faire, l’aigreur et la petitesse demeurent.
Petit, nous sommes petits. Si petits et minuscules face à l’adversité, face à cette boule qui monte, nous angoisse, devient larmes et colères. Tristesse et orage. Tempête.

Tenter de passer les remous et naufrages, cette bourrasque de fils entremêlés, cette couleur tristesse qui nous pousse au désespoir. Trouver son parapluie, un paratonnerre et sortir de ce pot noir. Jouer avec les vents, qu’importe si le parapluie nous emmène loin, nous fait faire mille vols planés, des pirouettes. Lâcher-prise. Lâcher ces idées et jouer avec la vie, avec son parapluie, se laisser voguer sur la vague, les vagues, revenir, retrouver l’accalmie, se poser dans sa vie. Ne plus se sentir loin, seul, s’éloigner des chagrins qui nous nous poussent à devenir, se sentir si petit. Si petit quand les orages, les vents et les arbres si grands nous aident à grandir.

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 Je ne saurais dire toute la poésie qu’il y a dans ce petit livre, ce recueil sans bruit ni parole, ce récit de vie qui nous aide à grandir, à devenir, à regarder notre chagrin et sourire. Je ne saurais dire tout le beau et le poétique qui se sont installés tout doucement et m’ont fait tourner les pages, ressentir la puissance, la force des arbres et des tempêtes, des retours à la vie, des rayons de soleil qui d’une percée dans le ciel noir nous aide à retrouver un chemin. Le notre, celui qui nous conduit vers les autres, à se sentir, certes, petit mais pas cet être minuscule auquel on se raccroche les jours de gris, les jours de fils mêlés, les jours bobine gribouillée.

On tire le fil, on progresse, on avance dans les tourbillons, on danse sur le vent, on court, on apprend à sauter dans les flaques, à faire de cet état de mélancolie, de chagrin, un état de grâce, l'impermanence de nos âmes mélancoliques. 

Il y a toute la beauté et douceur du moment, un simple crayonné qui nous rappelle les petites personnes de Perrine Rouillon ou les dessins de Sempé, Anatole et sa petite casserole d'Isabelle Carrier, un simple personnage qui apprend à faire fi à ses adversités, à grandir. Il y a une vraie délicatesse d’un simple trait qui nous donne envie de tirer les fils, d’ouvrir son cœur, de respirer, cultiver sa paix, sa vie, ses choix, de poser un pied puis après l’autre sur le sol, avancer, sauter, vider son cœur comme on vide son esprit en laissant partir les fils noirs de la vie.  

Un petit livre d’Emmanuelle Gouasdon au format à l’italienne qui s’étire comme on étire la vie, on s’étire pour devenir un peu plus grand. Un petit livre auto-édité et trouvé un jour de magie. Si petit et tellement grand. Grand par sa poésie. Grand par sa beauté. Grand par son inventivité. Immense par la délicatesse et la tendresse dessinées.
 

« Oh ! … Mes chagrins ont fait pousser des fleurs de parapluies ! » 

 

Parfois on se sent petit
Emmanuelle Gouasdon
ganolem007@gmail.com
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