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" Un jour, j'aperçois mon visage dans le miroir des toilettes du train. Je me dis, maintenant tu as cette tête-là.

Je fais connaissance avec cette personne qui est moi. J'accepte de la croiser chaque matin dans la salle de bains, de l'observer quand elle se brosse les cheveux. J'accepte de l'aider à ôter sa carapace. Oter ses guêtres et sa peau de serpent. J'ose soutenir son regard. Je l'invite à s'installer. "

 

Vous racontez ce roman ne va pas être chose facile. Il ne va pas être chose facile car Brigitte GIRAUD nous parle de notre corps, de notre perception par rapport à celui-ci, de notre volonté à l'accepter, de le refuser, de le malmener, de l'aimer, de le faire souffrir, de le valoriser, de l'adoucir, de "faire corps" avec lui au delà de notre volonté, âme. Vous parlez de ce roman, c'est immanquablement parler de nous, les femmes, de nos désirs, envies, souffrances, douleurs, inquiétudes, maux, du regard lourd des hommes... C'est immanquablement se retrouver dans chaque page à un moment clé de sa vie : la naissance, l'enfance, l'adolescence, les premières fois, les déceptions, la sensualité, les jouissances, les désillusions, l'amour, les joies, les grossesses désirées ou non, la maternité, la famille, la perte de l'autre, l'abandon, l'usure puis la vie encore.

Brigitte GIRAUD parle dans ce roman, de notre relation avec notre corps, de sa trajectoire, de l'enfance à la femme via les chemins de vie... C'est une traversée des miroirs, une acceptation à être soi, une aventure au quotidien sur ce qu'est être femme, une femme. Elle aborde tous ces moments qui font de nous, autre chose qu'un corps désirable et désiré. Elle parle sans compassion de nos humeurs, peurs, transformations, aigreurs, bonheurs, joies, jouissances, destructions, traumatismes, soumissions, libertés, volontés, des harcèlements que nous pouvons connaître qu'ils soient d'ordre sexuel ou moral, de la vie que nous donnons, désirée ou non, des vides et des rejets, des abandons et des chutes, de ses lourdeurs... Brigitte GIRAUD nous parle de toutes les consignes transmises par nos proches, parents, adultes, amis, société, amants, compagnons afin que la petite fille se construisent elle-même dans son corps, son âme, sa sexualité, ses gestes, ses attitudes et devienne femme.

 

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Brigitte GIRAUD aborde avec une écriture très sensorielle, pudique, mais sans masque, cette relation au corps, ses métamorphoses, de l'état de chrysalide au papillon de nuit.  Et c'est beau, vibrant, sensible, aimant, chutant. On lit ce roman comme on regarde dans un miroir notre propre reflet avec nos bonheurs, nos traumatismes, notre acceptation à être cette femme. On lit ce roman intemporel et on le transmet à nos filles, nos soeurs, nos mères, nos amies, nos hommes aussi.

"Avoir un corps" de Brigitte GIRAUD, c'est chercher les clés pour tenter de se comprendre, se rappeler de s'aimer davantage et avancer encore et encore sur ces chemins qui font la vie. C'est un "manifeste" d'une tendre lueur, d'une tendre douceur sur le regard que l'on se pose et que les autres posent sur nous. "Avoir un corps", c'est un plaidoyer sur la féminité, sur être femme.

Et je défie tout homme, même si celui ci prétend le contraire, de deviner ce qu'est réellement une femme. Car être femme, c'est une superposition de vies : " c'est marcher sur une poutre, pivoter, glisser, maintenir [...], éviter la chute, gagner de l'ampleur, puis à force de concentration, finir par oublier le vide, accepter que l'esprit et le corps ne fasse qu'un."

 

Lire "Avoir un corps" de Brigitte Giraud chez Clara les mots qui en parle merveilleusement bien.