kressman taylor

« Cher vieux Max,

 

Tu as certainement entendu parler de ce qui se passe ici, et je suppose que cela t’intéresse de savoir comment nous vivons les événements de l’intérieur. Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne, mais je n’en suis pas sûr. Maintenant, c’est lui qui, de fait, est le chef du gouvernement. Je doute que Hinderburg lui-même puisse le déloger du fait qu’on l’a obligé à le placer au pouvoir. L’homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique. Mais je m’interroge est-il complètement sain d’esprit ? Ses escouades en chemises brunes sont issues de la populace. Elles pillent, et elles ont commencé à persécuter les Juifs. Mais il ne s’agit peut être là d’incidents mineurs : la petite écume trouble qui se forme en surface quand bout le chaudron d’un grand mouvement. Car je te le dis, mon ami, c’est à l’émergence d’une force vive que nous assistons dans ce pays. Une force vive. Les gens se sentent stimulés, on s’en rend compte en marchand dans les rues, en entrant dans les magasins. Ils se sont débarrassés de leur désespoir comme on enlève un vieux manteau. Ils n’ont plus honte, ils croient de nouveau à l’avenir Peut-être va-t-on trouver un moyen pour mettre fin à la misère. Quelque chose – j’ignore quoi – va se produire. On a trouvé un Guide ! Pourtant, prudent, je me dis tout bas : où cela va-t-il nous mener ? Vaincre le désespoir nous engage souvent dans des directions insensées. »

 

Ce roman épistolaire écrit en 1938 par Kressman TAYLOR est un brulot. Il faut le lire, le lire, le relire et le re-re-lire. Puissant, immense, d’une force incroyable, subtile, qui bouleverse nos idées, nos croyances, nos sentiments d’amitié et de trahison en très peu de mots.
Un roman dans la veine des plus grands romans épistolaires. MAGNIFIQUE ET DOULOUREUX.
73 pages qui nous amènent bien au delà de ce roman, bien au delà de l'histoire avec un grand H. Troublant et d'une force, oui, incroyable.

Je ne vous en dirai pas plus mais lisez le…. LISEZ LE ! LIEZ VOUS à Martin et Max. Et regardez vous, regardez autour de vous. Ne laissez pas les belles paroles et les gestes insensés se perpétrer, se répéter.

« L'homme que j'ai aimé comme un frère,dont le coeur a toujours débordé d'affection et d'amitié ne peut pas s'associer,même passivement,au massacre de gens innocents.Je garde confiance en toi,et je prie pour que mon hypothèse soit la bonne;il te suffit de me le confirmer par lettre par un simple "oui",à l'exclusion de tout autre commentaire qui serait dangereux pour toi »

 

 

Inconnu à cette adresse (Partie 1/2)

Inconnu à cette adresse - Charles Berling et Michel Boujenah