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« Si j’avais eu un don, si j’avais été musicienne, sais-tu ce que j’aurais écrit ? J’aurai capturé les notes de la mousson : ses crépitements, son feulement, le tempo du clapotis et le silence qui rôde autour. Je suis trop vieille, et je ne serai jamais douée, mais toi, tu pourras peut-être inventer cette musique. »

 

Je ne sais pas encore comment je vais vous parler de ce roman qui m’a tenue dans ses pages durant 15 jours. 15 jours où je n’ai pas eu envie de lire d’autres mots, d’autres phrases. 15 jours où j’ai aimé le moindre point, la moindre virgule déposés avec délicatesse, douceur et élégance.
15 jours où je me suis sentie infiniment bien dans ces lignes que je découvrais chaque soir pendant que le soleil se couchait. Comme un rituel que j’entretenais, je me délectais du rouge-jaune solaire et de cette mousson qui m’accompagnait.

Un vrai bonheur de lecture comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Une langueur, une douceur, une sensation émotionnelle à chaque phrase. Oui un vrai bonheur de lire ce livre de Fanny Saintenoy.

 

« Alors qu'il ne parvient toujours pas à se décider à bouger, Kanou perçoit les premiers bruits de la maison : les gamelles qui claquent, l'eau qui coule et celle qui bout en sifflant. Il reconnaît, un peu plus sourds, le refrain monotone des vendeurs de rue et les klaxons des rickshaws. Bientôt les odeurs de la cuisine fendront le plancher, idlis, sambar, tchaï. La voix douce de la vieille servante, Ahmma, le fantôme enchanté de cette maison, le parfum de la cardamome annonce toujours ses apparitions. Ahmma, celle qui tient toute son enfance dans sa main. »

L’histoire d’un petit prince à la chevelure noire indienne. Un petit prince de 10 ans qui grandit dans la douceur et la tendresse d’une famille et d’une nourrice servante au cœur rempli de bontés. Chez eux tout est musique. Chaque son est une note de vie, de couleurs, d’odeurs indiennes. Chaque pas dans la vie est une ode à la beauté. Et pourtant comme partout, la vie œuvre en secret, cache des non-dits qui menacent Kanou, notre petit prince aux cheveux bruns et à l’esprit si beau, si doux, si sincère.
Trois personnages qui sont fait pour se rencontrer au-delà des frontières. Trois personnages en quête de sens et de leur destin. Trois personnages et des accompagnateurs de vie, de sourires, d’une tendresse et d’une bienveillance sublime.

Un magnifique roman à la sensibilité lumineuse et aux phrases qui s’égaillent devant nos yeux. Juste magnifique. Juste beau. Juste exceptionnel.

« Les notes de la mousson » est un coup de cœur parce qu’il fait tout simplement du bien par l’amour et la bienveillance qu’il y règne. Un régal de sensations lointaines, d’une mousson qui vous lave le cœur, des couleurs qui vous éclaboussent le visage et l’âme, des odeurs qui vous donnent envie de regarder au plus près des êtres et des sons qui viennent de loin, qui viennent des plus belles mélodies qui soient, celles des hommes et des femmes sincères, des femmes des roulottes et des rues, de ceux qui errent et se font une place dans nos cœurs bien au chaud.

Fanny Saintenoy aurait pu écrire encore et encore sur les différents personnages qui composent cette ode à la mousson. Il n’en est rien. Elle aurait pu en dessiner une saga. Elle s’en est abstenue. Et elle a bien fait. Tout est beauté, générosité, émotions.

Un vrai coup de cœur que « les notes de la mousson » de Fanny Saintenoy. Une vraie ode à la bonté humaine, au ravissement de chaque chose, de chaque être, de chaque morceau de vie, aux parfums épicés et à la mousson, une vraie ode au sacré et aux petits bonheurs qui illuminent nos routes. Un baume, une pommade, un délice de lecture. (un extrait du 1er chapitre dans le saturday read fever)

 

Et juste pour la beauté des mots  et des phrases lues : 

« Preeta découvrait la musique classique occidentale depuis peu, son mari était très doué pour la guider, délicatement. Elle riait parfois de gêne, cela la bouleversait un peu trop à son goût, mais ce soir là, il lui avait été doux de laisser filer quelques larmes d'émotion. Ils pensaient tous deux qu'il n'était finalement pas si compliqué de vivre en double territoire de culture, une touche par-ci, un soupçon par-là un millefeuille riche, une broderie de patchwork, minutieuse et fine. Il suffisait donc que le tissu commun ne soit pas le terrain d'une lutte de pouvoirs, c'était si simple. »

 « Si la plume tombe à droite de la plaque d'égout, ils viendront, si le nuage gris passe au-dessus du clocher avant la première goutte d'averse, ils annuleront. Sa nouvelle vie se passe à lire le monde de cette façon, Angèle a l'esprit et le cœur embrumés et la bouche cousue. »

Et pour moi une de ses plus belles phrases … « On n'invite pas dans sa belle maison, une petite fille des roulottes » qui résume à elle seule la beauté de ce roman.

 

Les notes de la mousson
Fanny Saintenoy
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