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Cela fait un bout de temps que je tourne autour, que je la lis et la relis (relie… ?), que je la pose pour la reprendre et la relire. Cela fait un bout de temps que Qinaya me touche, me bouleverse, me procure un sourire infini et une petite bulle qui me vient du fond du ventre. Il y a des romans graphiques qui vous touchent au plus profond par leur histoire, leur scénario sensible, fragile, beau, solaire et un graphisme somptueux, doux, rond, tendre. Il y a des rencontres comme il y a des bonheurs, des petites étincelles qui vous procurent ce que la vie semble vous donner et vous faire fuir. Il y a des moments où vous ne savez pas pourquoi mais ce que vous lisez, ce n’est ni plus ni moins, une page d’amour, une belle page de ce qui lie, relie deux personnes.

J’avais découvert Zidrou dans Lydie, la somptueuse bande dessinée qui reprenait déjà la thématique de l’enfance, d’une enfant et de sa disparition. Dans « L’adoption », on aborde le cas des enfants adoptés de pays autres que celui des parents. Des pays qui sont souvent en guerre ou en situation économique moins développée, précaire. Des pays où pour une bouchée de pain, l’adoption peut se faire de manières moins conventionnelles, moins administratives.
C’est ce qui se passe pour Qinaya, petite fille d’une ville bâtie sur les pentes de la Cordillère des Andes, Arequipa. A l’autre bout de notre bon vieux monde, de l’autre côté du globe, à l’opposé de nos pavillons et immeubles où tout est confort, calme et tranquillité.
Arequipa. Nul ne sait ce que sont devenus les survivants depuis que 37559 victimes ont péri dans le tremblement de terre qui a secoué le pays. Mais qui sait où se trouve Arequipa ?  

« C’est dans ces moments là qu’on bénit le ciel de ne pas avoir le cul posé au-dessus d’une de ces fichues failles sismiques. Après tout, qu’est ce qu’on en a à foutre du Pérou et des péruviens ! »

Une histoire de rencontre entre deux êtres, entre une petite fille à peine plus haute que trois pommes et un épi de blé, une enfant à la peau caramel et un vieux bourru de Grand Père, sosie de Michel Simon dans le vieil homme et l’enfant.
Qinaya et sa première apparition dans ce hall d’aérogare devant tous ces gens qui ne semblent attendre qu’elle. Elle, l’enfant venue du pays des condors, revenue de l’enfer. Qinaya qui a tant de peurs et de craintes. Trop d’amour d’un seul coup. Trop de mains se tournant vers elle, trop de regards, trop de trop… 

« Qui inventera une échelle pour mesurer l’amplitude des émotions dans le cœur d’une petite fille de 4 ans ? » 

Qinaya adoptée après tant et tant de traitements, d’essais infructueux, de larmes et d’espoirs déçus, le renoncement, des tentatives voués à l’échec... L’échec d’être femme, père. L’échec de ne pas pouvoir être mère, père. Qinaya et cette volonté, cette île d’être enfin parents, d’avoir une famille, une vraie. Une enfant rescapée entourée d’un papa et d’une maman, d’un grand père grincheux et d’une grand-mère débordante d’amour. 

« Et si c’était ça le bonheur ? » 

Le bonheur de laver des draps salis, de manger des plats au nom imprononçable, comme son prénom d’ailleurs,  de s’essuyer dans des serviettes de bain Disney, rose qui plus est, de ne plus avoir ces matinées/midis/après midis de libre pour aller trainer avec les copains.
Et puis adopter un enfant à 47 ans…  Alors même si cela relève d’une bonne action et d’un geste aimant, « les bonnes actions, c’est comme le pâté, quand t’en mets de trop sur ta tartine, ça devient écœurant. ». Et devenir grand père à 74 ans, çane s’improvise pas, ça ne se monte pas comme un meuble IKEA même avec une notice bien rédigée.

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Une bande dessinée où l’émotion se lit à chaque case, où l’amour ne s’achète pas, ne se vole pas mais se mérite, se gagne, se découvre et devient unique, vrai. Une bande dessinée où le mot « émue », n’est pas un vain mot, où le mot « amour » est beau, sans fioriture, sans contrainte et tout en apprentissage, en découverte de l’un et de l’autre. Il ya la sensibilité à vouloir devenir parents, à grand-parents, les tentatives vouées à l’échec, les désillusions, la déstabilisation de l’annonce, la rencontre, l’initiation, l’apprentissage. Et puis la gravité des gestes, des responsabilités sur les rôles de chacun des membres de la famille. Il y a le vouloir profondément et le devenir. Il y a l’annonce et puis ces trois fois riens qui donnent au quotidien les bulles de vie nécessaire. 

Comme souvent chez Zidrou,  on retrouve la tendresse pour les personnages, la générosité, la force tranquille qu’il y a dans chacun des êtres, la bonté. On retrouve la douceur, l’amour au sens noble du terme, pas celui dégoulinant, mais sincère, juste, fragile et sensible.
Le graphisme de Monin épouse le scénario avec générosité, la bonté. Tout n’est que beauté dans les couleurs, les rondeurs, les gestes et les regards.  

Alors oui « l’adoption » est un vrai coup de cœur. Un coup de cœur comme on a devant l’enfant qui arrive, comme on peut en avoir devant celui ou celle que l’on rencontre pour la première fois et où on est prêt à tout donner pour pouvoir l’élever, lui donner des bases, des ailes, l’aider, du moins essayer, pour que lui, elle aussi sache que l’on peut « s’adopter » et s’aimer. 

« Parfois je me demande… tout cet amour qu’on a pas donné… qu’est ce qu’il devient, Je veux dire personne n’a jamais pensé à installer des conteneurs pour le recycler ? Vous savez comme pour les piles ou les vieux papiers ? »

 

A découvrir chez Noukette, Moka, Jérôme, Stéphie, Sylire, Saxaoul

  

L’adoption (volume 1)
Zidrou et Monin
Grand Angle