9782818949405« S’amuser, se sentir compétent, aimer en se sentant aimé… Un besoin autant qu’un exercice tout ça ! Entretenir chacun un système stable pour semer l’image d’une continuité. Après tout, une relation remplit aussi ce rôle. Nous promenons notre humeur. La joie, la colère, nous les ressentons, mais nous les donnons aussi, comme une contagion. Un va-et-vient qui tire sur le cordon de cette stabilité. Mais est-ce que seul, vraiment tout seul, nous pouvons dire qui nous sommes ? » 

Ils sont 5 potes, 5 copains d’enfance qui à l’heure de leur trente ans passé, décident de se réunir l’espace d’un week-end au bord de la mer, histoire de se retrouver, d’échanger sur leur vie, le temps qui passe, cette drôle d’aiguille qui avance inexorablement, sur cette vie d’adulte qui arrive à grand pas et oblige à pas mal de bouleversements, ce coup d’œil dans le rétroviseur qui fait réfléchir aux graines semées et celles qui sont encore dans la poche à attendre le moment propice où les rêves deviendront réalité.
5 potes comme les 5 doigts de la main.
Tous ont répondu présent malgré les aléas, les jobs aux 4 coins de la planète, la famille, les peines et les joies.
Des copains d’enfance avec chacun leurs questionnements, leurs analyses de la vie, de la leur, des réponses que l’on trouve pour soi, pouvant aider l’autre, les autres, les cheminements propres. Chacun avec leur attention, leur liberté, leur réflexion, leur humanité, leur complicité, leur amour pour l’autre. Chacun avec cette touche de fraternité, de sincérité dans la relation amicale, de conscience, d’entraide, de présence, dans les moments où les tempêtes grondent pour certains alors qu’elle est plus calme pour d’autres. 

5 potes comme 5 êtres humains qui le temps d’un week-end vont rendre plus fort, plus doux, plus tendre, plus rieur, plus complice le mot amis.  

« Pourquoi la norme serait-elle un but en soi ? » 

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De Laurent Bonneau, je connaissais son brillant et pudique, tendre et sublime « Ceux qui me restent ». Un roman graphique qui déjà m’avait séduite par son scénario et son crayonné tout en retenu, émotions, sur notre confrontation au passé et à la perte des souvenirs. Sublime, du genre de celles qui quelques années après restent toujours en mémoire malgré les bulles lues. Du grand art par le scénario et du grand art par le graphisme tout en couleurs délavées, en pointillés. 

« On sème la folie » retrouve cette fibre, cette émotion, cette pureté des sentiments et de ce côté pudique, sensible qui touche, nous rappelle que nous sommes en vie, que chaque chose nous pénétrant est un moment à prendre pour soi et l’offrir aux autres.
Une superbe bande dessinée sur l’amitié comme il y en a beaucoup et peu dans le rendu « corde fragile ». Un superbe hommage à ceux qui nous entourent, sont présents, nous tendent la main, nous font rire ou pleurer. Une bande dessinée sur un sujet qui est simple, basique mais qui  nous donne une soudaine envie de se sentir entouré(e), d’avaler la vie avec ceux qu’on aime, entendre ce petit mouvement du cœur qui remet la pendule à l’heure.
Entre raison et déraison, entre questionnements et solutions, Laurent Bonneau nous amène à faire émerger cette part intime qui est en nous, nous fait prendre conscience de la vie, son atmosphère, sa dimension. On rit, on s’émeut. On en vient à se retrouver dans les pages, à refaire un point sur notre mémoire, à se demander que sont devenus ceux qu’on aime. Au détour de paroles qui pourraient nous paraitre insignifiantes, il dresse un chemin, une sente, une balade parcourue d’amour et de beauté fraternelle, d’émotions.
De ces cinq amis réunis, se dessine une relation fine, solidaire, qui nous donne des clés sur ce qui se passe en nous-mêmes, sur les marques et les empreintes que l’on laissent, sur ce qu’on aspire pour soi mais aussi pour et avec les autres, sur la nécessaire nécessité de pouvoir compter sur ses amis et être présent, à l’écoute pour eux. 

Le graphisme quant à lui, est à la hauteur de ce que j’aime chez cet auteur : en retenu, à la fois très marqué dans les contours. Certaines pages sont des petits joyaux où seul le silence, le trait offre la narration. Et puis il y a ces touches de fusain qui d’une ombre propulse la lumière, donne la dimension onirique et à la fois bien réelle. Une vraie retenue comme un souffle, un horizon qui se dévoile, une photo qui se développe après avoir absorbé le paysage, ressentie toute la dimension et émotion nécessaire. Des tons noirs, bleutée nuit, orange qui suffisent à rendre cette histoire simple, le sentiment de vie, de pulsion, d’énergie et de fragilité.  

Une belle histoire oui. Une belle histoire qui donne juste l’envie de sourire, de prendre le téléphone, d’appeler celui (ou celle) qui est loin et lui demander comment ça va, si il/elle continue de semer la folie. Un sublime Hommage avec un grand H à l’Amitié, avec un grand A, et la vie qui passe.

« Et si nous nous détachions parfois de l’action, pour la simple affection ? Créer ensemble l’œuvre la plus forte et la plus automne qui soit. »
« Au loin, sans heurts et sans encombres. Au loin, les souvenirs des heures sombres. »

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Les Bulles de la semaine sont à retrouver chez Steph, fidèle tenancière du bar à BD.

  

On sème la folie
Laurent Bonneau
Grand Angle

 

MIOSSEC - Chanson Pour Les Amis [CLIP OFFICIEL]