17155484_1747630528884909_5692186909148894708_n" La Poésie, c'est le plus joli surnom que l'on donne à la vie. "

 

Jacques Prévert n’est pas un poète… Allons donc !! Comment peut-on penser une telle chose ? Jacques Prévert, ce cancre de la vie, cet anarchiste de la liberté, ce libertaire des verres et des pieds…
Allons donc. Jacques Prévert.
Cet éternel photographie d’un homme aux cheveux blanc brossés en arrière, cigarette amarrée au coin droit de ses lèvres, regard lourd et à la fois espiègle, canaille des bons mots qui se déversent.
 

Prévert, ce drôle de personnage qui a traversé l’histoire d’un monde, de  notre monde, d’un siècle, qui a donné son nom à des écoles maternelles, primaires, qui a élevé au panthéon les cancres et les feuilles mortes…

Prévert ne serait pas un poète…
Allons donc !!

Qui serait-il alors ?
Qui serait cet homme à la casquette qui orne Parole, qui s’écrit sur les murs la liberté, qui illustre nos cahiers d’écoliers, qui chante à tue tête ces chansons qui nous ressemblent ?

Car oui, Jacques Prévert n‘était pas qu’un poète. Il était bien plus. Il était un roi des idées, un touche à touche de la célébrité des années folles, un géant de la liberté, un inventeur des bons mots, des cadavres exquis, des jeux drôles, des films qui ont marqué la cinémathèque française.
Il était un génie. Un génie de la soif de vivre et de la liberté de penser, du surréalisme des choses et des êtres, de la non-contrainte des aléas et des aventures aux coins des rues.
Il était celui qui côtoya les Aragon, les Picasso, les Giacometti, les Carmé-Carmet, les Gabin, les Arletty, les Morgan, les Breton, les Man Ray, les Gainsbourg et les Trenet, qui voyagea de La Turquie encore Ottomane, au Paris-Montparnasse du temps des peintres inconnus, de La Bretagne à la Normandie, du Sud de la France à la Russie sous Staline.
Il fut un homme et bien plus encore. Il fut celui qui laissa son empreinte dans un siècle en mutation historique, un siècle empli de trouvailles, de folies, de libertés et de soufres.  

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Difficile de vous relater ce biopic, cette bande dessinée extrêmement bien ficelée, riche, tendre, foisonnante, drôle, bouleversante. Difficile parce que Prévert finalement n’était peut-être pas un poète mais juste un homme qui entreprit de traverser un siècle de folie à sa manière, avec ses mots, ses envies, sa liberté de ton et d’être.
Difficile parce que Prévert était un génie, un inventeur, un bonhomme, une gueule, une présence, un sacré monstre et que les monstres sacré sont parfois durs à égaler, à réviser, à faire parler.
Difficile car Cailleaux et Bourhis ont su manier si bien le scénario et la palette qu’on les oublie, oublie que c’est grâce à eux que l’on redécouvre Prévert, que l’on ressort de nos tiroirs ces vieux films transmis, que l’on se souvient de ces chansons entendus maintes et maintes fois, que l’on se prend à sourire aux jeux de mots…
Difficile parce que Cailleaux a su faire de Prévert un homme avant tout, et Bourhis, un visiteur du siècle passé où chaque dessin est un univers à regarder.  

Une superbe bande dessinée qu’il faut prendre le temps de regarder, de lire, de vivre. On y croise tout un monde, une époque, des décennies, des hommes et des femmes qui ont composé une partie de ce vingtième siècle, qui ont marqué de leurs empreintes nos souvenirs, notre culture. Une bande dessinée qui nous donnent de la matière, de la beauté, de la fantaisie, de la folie, des images et des mots, de la musique et des films, des couleurs et de la terreur. Pas de case, pas de lignes qui arrête le regard… On court de personnages en lieux, de bulles en années qui filent. Riche, très riche, foisonnant d’idées et de dessins, de mots et de vies. 

Prévert n’était pas un poète non. Il était bien plus encore. Il était lui, cet éternel homme à la clope au bec, casquette vissée sur la tête et regard de chien errant prêt à se laisser caresser, adopté par le premier vagabond de passage. Un tendre au cœur immense, un doux au regard rieur et aimant. Un monstre sacré, un géant, celui qui a marqué par sa présence, sa vision, ses bons mots et sa nonchalance tout un siècle et nos mémoires d’enfants. Il était un poème, un film, une chanson, un mot, un cadavre exquis, une poudre d’escampette, un acteur, un comédien, un gouailleur, un titi parisien. Il était la poésie. 

 « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois je n’ai pas oublié… »
 

Jacques Prévert n’était pas un poète
Cailleaux et Bourhis

Dupuis

Collection Aire Libre

Serge Gainsbourg la chanson de Prévert