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« Nous nous sommes tant aimés… Pourquoi, comment ? Qui sait au juste comment se conjugue le verbe s’aimer ? » 

Il y a tant de choses à dire autour de ce verbe. Tant de mots qui ne peuvent s’écrire, se tendre, s’entendre. Tant de gestes que l’on ose, que l’on refoule. Tant de sens qui s’installent, nous chamboulent. Tant de choses et de choses encore. 

Il y a les premières fois, la première fois où le regard se pose mais où le cœur ne ressent rien d’autre qu’une forme d’émotion indistincte. Qu’est-ce ? Et pourquoi ? Il n’y a rien à dire pourtant. Rien à voir. As-tu fais attention à ce regard, ce geste qui s’est posé sur toi, a t il fait attention à toi ? Un court instant, un espace temps où les mots, les gestes auraient pu s’échanger, s’ébaucher, se tutoyer. Peut-être alors nous serions nous embrassés. Peut-être aurions effleuré nos lèvres d’un simple baiser. 

« Va avoir pourquoi, ce jour-là, il ne s’est rien passé. On s’est à peine aperçu. » 

S’aimer, aimer, aimer l’autre. Ce jour où tout s’embrase, devient évident. On se croise, se décroise. On se rencontre, on se voile, se dévoile, se camouffle, se déshabille, se met à nu. Le silence s’exprime à travers les peaux qui se touchent, s’effleure, se respire. Le parfum, le regard, l’amorce du désir, du plaisir. 

« Comme une vague qui effleure le sable où l’on est planté. Et vient le creuser sous nos pieds, manière de nous faire tanguer. J’ai commencé par revoir tes yeux, ton regard, Jusqu’à ce qu’il m’obsède. On n’en savait rien, mais on était déjà porté par un courant plus fort que nous. » 

Et puis la solitude s’installe, on résiste à la pulsion, l’impulsion de se jeter dans ses bras. La tendresse manque, la douceur d’un amour qui se poserait là, juste à côté de soi dans la clarté d’un jour naissant, une caresse d’un vent qui porte, nous emporterait sur son passage.  

« Mais comment faire quand on ne se connait pas ? Tout devrait être simple, on se voit, on se parle, on s’embrasse, on s’aime, et voilà tout. Mais s’aimer, c’est bien autre chose ! » 

Et si s’aimer, c’était tenter l’aventure, se jeter à l’eau, sur sa peau, rapprocher ce fil qui se tend, s’enrouler autour, n’être qu’un, ne faire plus qu’un. Si s’aimer était construire ensemble et non pas séparément, accepter l’autre pour ce qu’il/elle est, sans se cacher derrière des raisonnements, des excuses. Un fil rouge, rouge vie, rouge passion qui se défile de page en page, de moment en moment. Le fil d’une vie qui passe, ensemble. Je t’aime, tu m’aimes. On s’aime.  

 

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Un petit livre qui se croque comme un bonbon, comme une tranche de vie, comme un amour avec lequel on a envie de finir sa vie ou du moins faire un bon bout de chemin. Un petit livre comme un diapason à nos histoires, notre histoire, celle d’amour, celle qui durera toujours. Avec lui, avec elle. Ensemble.

Dans une langue poétique, intime et universel, Cécile Roumiguière nous offre ces mots, les siens aussi, ceux de l’amour. Simple, sans fioriture, tendre, doux, le cœur battant on tourne les pages comme on effeuille les âges, les marguerites. Précieusement comme peut l’être l’amour, Cécile Roumiguière nous dévide ce fil et nous offre à pas feutrés ce qu’est « s’aimer ». L’embrasement et la vie, la passion et les liens, le lien qui nous unit à l’autre. Homme, femme, femme, homme, blanc, noir… l’amour rouge. Rouge passion, rouge fil, rouge tout court.
Accompagnés de 39 illustrateurs exploitant ce verbe, le conjuguent selon leurs pattes, leurs couleurs, ce petit livre nous montre l’absurdité de ne pas s’aimer, de ne pas comprendre que c’est dans ce mot que seuls les hommes et les femmes se rencontreront, se reconnaitront, deviendront verbe à leur tour, s’aimeront, sèmeront, se conjugueront. Une ode à l’amour, un poème de quatre sous qui se dévoile. Une valse à mille temps, un tourbillon de la vie.
Chaque dessinateurs entreprend de dévider ce fil rouge, de lui donner la couleur ou les doutes, d’exploiter la laine, la soie, le point, la rencontre, le mélange, l’union. Chaque illustration renvoie au texte qui répond par les mots au dessin. Une osmose entre les deux, un jeu qui se rencontre et devient qu’un.  

C’est beau, précieux, poétique. Un écrin dans un livre qui définit le mot s’aimer, dans un livre qui est dédié à tous ceux qui un 13 novembre 2015 ne se sont pas relevés, « qui ont pris de plein fouet ces actes de haine et l’absurdité monstrueuse de cette violence. ». Un livre où il fait bon s’aimer, décider de continuer ensemble, surtout et malgré tout. Continuer à s’aimer. 

« On s’est aimé. On a porté ensemble nos rêves d’un monde plus juste. Pas sûr qu’on ait changé le cours des choses, mais on a essayé. »
 

A retrouver chez Noukette qui m’a donné envie d’aimer ce livre, Parenthèse de caractère et Jérôme. Et l'histoire de ce livre sous les mots de Cécile Roumiguière 

 

S’aimer
Cécile Roumiguière et …
A pas de loups

 

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