louis_02« Je ne savais pas que l’amour c’est comme une roche qui nous explose le cœur, qui fait mal autant qu’il fait vivre, et qu’il donne envie de fuir en même temps qu’il nous empêche de le faire. Ce que je savais c’est que la plupart du temps, ça finit mal. »

 

Il y a des bandes dessinées comme il y a des romans : impossible à chroniquer, impossible d’en parler.
« Louis parmi les spectres »… J’en suis rendue à une énième lecture, à mon énième essai. Et depuis ma toute première ouverture de ce roman graphique (il y a quasi 6 mois), je ne sais comment vous dire qu’il est une émotion, une sensation de ne quasi jamais savoir comment vous les faire partager. « Louis parmi les spectres » ne se raconte pas. « Louis et les spectres » se lit.
Intensément. Doucement. Sans bruit.
En laissant beaucoup de soi revenir à la surface, en laissant de côté ce qui fait mal et donne l’envie d’avancer, en laissant dans les marges les larmes, les pleurs devenir des sourires, des flaques d’eau dans lesquelles on se mire, saute, ressent de nouveau ces petits bonheurs fugaces et irrésistibles. 

« Mon père pleure. Je ne veux pas dire qu’il pleure au moment où on se parle. Quoique c’est probablement le cas. Je ne veux pas non plus dire que mon père (groupe de nom) pleure (verbe) devant les couchers de soleil (complément de phrase). Je veux dire : mon père pleure.
Truffe pense que c’est parce qu’il nous aime trop. Ce n’est pas faux. Mais entre vous, moi et le chauffeur d’autobus, pas besoin d’un doctorat en aérospatiale pour savoir que si mon père pleure c’est surtout, d’abord, à cause du vin. »

Dès les premières planches, tout est mis en place, le décor, les personnages, l’univers. Dès les premières lignes et dessins, on sait que l’on ne pourra que l’aimer, le sentir vibrer en nous pendant longtemps. Et comme un road-trip, on regarde la vie de Louis. Derrière la fenêtre, comme pour se protéger ou se dire que l’on ne fait que voir, ne pas se sentir toucher. On observe et lit son aventure d’adolescent qui se cherche, se débat avec son histoire. Et inexorablement, on l’aime. On aime qu’il se dérobe à nos baisers. On aime qu’il voit sa mère s’essuyer les yeux. On aime qu’il tente de secourir comme il peut, ce père brisé par leur séparation. La solitude, l'alcool, l'amour avorté. Et puis l'adolescence, ses prémices, et son amour secret pour Billie. Rien n'est facile dans la vie de Louis.

« Billie […] une sirène à lunettes, une tempête de pluie, une fontaine à chocolat, une reine muette.[…] Quand elle parle, tout s’illumine, tout explose en grappes de miel et du feu. Billes ne fait pas des menaces, elle fait des promesses. »  

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Comment vous dire qu’encore une fois le duo Fanny Britt et Isabelle Arsenault m’a complètement chamboulé le cœur, renversé la boussole, chaviré, bercé.

Il y a toute cette poésie de l’adolescence que l’on revit, ces émotions qui se taisent. Il y a ces papillons que l’on ressent fortement dans son ventre et qui n’arrivent pas à s’envoler, devenir léger. Tout est beau, l’histoire, d’une tendresse et douceur mélancolique incroyable, les illustrations qui provoquent à elles-seules, le besoin de tourner les pages, de sublimer ce jaune qui nous irradie, ce gris qui est si somptueux, ces bleus qui deviennent larmes. 

Comment vous dire que ce roman graphique ou je ne sais comment l’appeler, je ne sais pas en parler. Je ne le sais pas car lorsqu’on découvre l’univers de Louis, de son histoire et de ses illustrations, on tombe irrémédiablement sous son charme, en amour pour lui. Et l’amour, en tout cas cet amour là, ne peut se traduire, se raconter. Il ne peut que se vivre, se lire.  

 

Et si jamais, je ne vous ai pas convaincue, découvrez l’article de Madeline Roth. Vous ressentirez, comme moi, des papillons dans le ventre et cette envie de garder pour vous l’histoire de « Louis parmi le spectres ». Juste pour le découvrir, le relire encore et encore. Et savourer.  A retrouver chez Noukette qui je suis certaine, sera mieux vous en parler que moi, Mon bar à bulles, Antigone,  et rendez-vous chez Mo pour la BD de la semaine. 

 

Louis parmi les spectres
Fanny Britt – Isabelle Arsenault
La Pastèque

 

Ben E King - Stand By Me (1961)