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Colette est grincheuse. Colette est grognon. Colette et son petit imper jaune bougonne en donnant des coups de pied dans un carton posé dans le jardin clos en bas de chez elle, au pied de l’escalier colimaçon en fer. Il faut dire que Colette vient juste d’emménager dans un nouveau quartier et qu’elle s’embête ferme en attendant que ses parents terminent de déballer les dernières affaires. 

« Non, Colette ! Pour une dernière fois, PAS D’ANIMAL DOMESTIQUE ! Maintenant va plutôt explorer ton nouveau quartier. »
« Génial, Grrr. » 

Non mais pi quoi encore. Ils vont bien voir de quel bois elle se chauffe, la Colette. Et ainsi part un carton par-dessus la barrière en bois, faisant s’envoler au passage un oiseau effrayé par tout ce tintamarre.
Prise de remords devant cet accès de colère, Colette passe un œil puis deux, le nez et le visage et pénètre dans l’enclos voisin où les fleurs parsèment la pelouse. 

« Salut !
Hé !
Moi c’est Albert,
Tom » 

Et ainsi commence une histoire d’oiseau, d’une bande de copains, de ses amitiés d’enfance qui deviennent celles d’une vie, un chemin, une recherche commune, une exploration aventureuse que l’on se souvient longtemps.

 

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« L’oiseau de Colette » d’Isabelle Arsenault a ce quelque chose de délicieux, délicat, solaire qui donne envie de le lire, relire, offrir et le mettre sur les étagères des nécessaires (oui oui LES… j’en ai beaucoup des essentiels, des petits bonheurs que la lecture nous procure) des tout-petits comme des tout-grands !!
Tout de jaune vêtu, ce livre jeunesse rayonne par sa bonne humeur, ses amitiés capitales, la générosité et bienveillance qu’il s’en dégage. Une vrai exploration des sentiments où nulle malveillance ou méchanceté n’est dite ou clamée. N’allez pas croire que cette histoire est fleur bleue ou remplie de cliché à l’eau de rose. Non il n’en est rien. « L’oiseau de Colette » est juste la bonté, le sourire qui se glisse sur les lèvres lorsque pour retrouver un oiseau disparu, le monde des enfants se met en marche, s’unit et devient une farandole de gestes et de bonnes idées. 

« Aurais-tu vu l’oiseau de Colette ? C’est une perruche. Elle est bleue avec un peu de jaune dans le cou, elle s’appelle Elisabeth et quand elle chante, elle fait PRrrrr Prrrr PrrrrrruiiiiiiT ! »

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Il y a la lumière, cette envie de redevenir enfant, de jouer au ballon ou de tenter des pointes de danseuse dans le jardin de sa maison, des envies de partir explorer le monde des insectes munie d’une simple loupe, de lire au pied d’un arbre garni d’un mangeoire à oiseaux, d’entendre le doux son de l’eau couler dans le bassin.
Il y a la douceur des amis, des inconnus qui viennent donner un coup de main, de « Plus on est, plus on rit », « Un pour tous, tous pour un ». Il y a ce qui manque dans nos cœurs d’adultes et qui se réveille à la moindre envie. Et c‘est beau de voir ce petit monde partir chercher un oiseau, peut-être imaginaire, qu’importe, s’unir et faire preuve d'une richesse créative, de ce petit sourire qui ne nous quitte pas du début à la fin du livre.
 

Il faut dire qu’Isabelle Arsenault a encore tapé juste.

Son crayon délicat, pastel, légèrement saupoudré d’un tendre estompage, a l’art et la manière de nous amener à tourner les pages et à tomber amoureux de cette petite histoire. Les gris sont sublimés par ce jaune solaire et éclatant ; chaque détail dessiné a son importance. Le trait devient fin ou un peu plus appuyé pour surligner les contours, les objets. Une vraie poésie aérienne, volatile, où seules quatre couleurs priment : jaune, gris, noir, bleu mettant en valeur la balance des blancs.
L’ambiance dégagée est sincère, douce et nous fait penser à un univers où la répétition des sons et des objets entrainent la lecture, ce rouage de tourner les pages, explorer nous aussi en compagnie d’une bande d’amis, le quartier des mile-end. On relit nos peines d’enfance, nos peurs, nos envies, nos aventures, nos sourires et rires, la solitude, la tendresse, la bonté et générosité d’être ensemble.
D
écoupé en planches comme pour une bande dessinée, « L’oiseau de Colette »,  est une approche à cet univers graphisme et la fin laisse à penser que d’autres aventures de cette bande du quartier des mile-end n’a pas fini de nous surprendre et nous enchanter.

Un éloge à l’enfance et à ses capacités de savoir faire fi de tous ces petits riens, d’union et de mille petits trucs qui font que l’on savoure encore plus cet « Oiseau de Colette »… Même mieux : on en redemande.


A lire Chez Mo et son Bar, la tentatrice à cette bande de petits diablotins. 

 

L’oiseau de Colette
Isabelle Arsenault
La Pastèque

 

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