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Fabcaro a encore frappé et ce coup-ci son humour a rejoint le « roman-photo », ce truc complétement has-been, que l’on pique à la grande tante ou arrière feu copine de mamie. Fabcaro et son humour déjanté, ce petit côté Gotlib Super-Dupont Fluide Glacial, son comique de répétition et répétitif, son tracé à la limite du dessin grotesque ou graphique mal dégrossi.

Cette fois, il s’attaque au soap-littéraire dans « Et si l’amour c’était aimer ? ». Et pour l’auteur, grand philosophe de Zaï Zaï Zaï Zaï et de Steack is easy, l’amour est un «  délicieux rituel. », limite colombe et petits cœurs paillettes qui palpitent sous le thorax en criant boum bam bam boum bim, les yeux qui battent la chamade pupille dilatée et les cils qui vrombissent leur chant dans le vent de la journée (cette chronique va partir en vrille), limite la licorne qui foudroyée par le sagittaire et son arc bandant, s’en va fougueuse dans le paradis jardin d’Eden..  

« Comment dire… Tu sais Bruno, l’amour est une chose fragile et insaisissable… Un jour elle est là, comme un poney qui galope dans l’enclos des jours heureux, et puis un jour, pof, elle a disparu, elle s’est échappée et s’est fait écraser par une voiture de location sur la piste d’aéroport de la vie…
Alors le poney n’existe plus, on croit qu’il est encore là parce qu’il survit dans nos cœurs, mais en réalité il est mort, son âme s’est envolée vers l’arc-en-ciel de l’indifférence, tu comprends ?… » 

Bon et cette histoire…  Absurde serait le premier mot que l’on pourrait dire. Non pas qu’elle soit bête, mais Fabcaro utilise l’absurdité, les codes du roman-photo et des situations déclamées dans ceux-ci. Tous les poncifs sont repris et travaillés dans une limite indéfinie. Les dialogues sont une vraie scène théâtrale, une farce énorme, une satire poussée à l’extrême. 

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Donc Sandrine aime Henri qui aime Sandrine. Jusqu’ici tout va bien. L’amour avec un grand A, le genre qui donne une envie irrésistible de commander de la macédoine pour faire plaisir à celui qui rentre du travail éreinté. Le genre d’amour qui te pousse à faire le ménage quotidiennement, à faire de la vie « une suite de surprises renouvelées chaque jour ». Car Henri est beau, grand, charmant, épanoui, dynamique. Henri est l’homme de la situation, patron d’une start-up dont il reste à définir les objectifs mais Henri en a sous les chaussures, dans les idées, sous les coudes… Et surtout Henri est riche. Riche comme une bonne macédoine livrée à domicile.
Jusqu’au jour où tombant sous le charme du beau livreur de Speed Macédoine, Sandrine virevolte vers d’autres cieux, d’autres planètes cupidonniennes. Car il faut le dire, Michel est beau, magnétiquement beau, brun ténébreux, le visage carré, l’âme d’un poète torturé, rockeur à ses heures perdues Do-Sol-Fa, engagé pour la bonne cause. Le genre de mec qui fait se pâmer les jeunes femmes aux foyers… Mamamiaaaaaa !!! Bref Michel c’est quelque chose. Le genre de gars qui t’emmène au zoo voir de rôles animaux dans de drôles de positions… Ah mon dieu, l’amour tape à la porte (ah non c’est le livreur de Speed Macédoine), il est dans le pré. 

« Tout à coup, Sandrine sentie tous ces sens s’enflammer tel un incendie se propageant  dans la forêt de son corps… Le regard de cet homme, noir comme une nuit sans lune, la magnétisait tel un aimant dont elle ne pouvait se détacher. Quand il fut parti, elle ressentit comme un grand vide, et durant toute la soirée, elle fut complètement ailleurs, comme absente à elle-même. » 

Et le triangle amoureux se met en marche, loin du train-train quotidien, des listes de courses scotchées sur le frigo, des qui-fait-quoi dans la maison, les lave-vaisselles à remplir ou vider selon les jours, les filtres à déboucher, les enfants à dont il faut surveiller les exposés et les devoirs (ah parlons-en des devoirs et le cas échéant des enfants…). Sandrine aime Michel qui fut aimé jadis par Bruno qui finalement lui préféra Henri qui lui, le laissa choir pour Sandrine qui tomba raide dingue d’amour pour Michel qui laissa alors tout tomber pour se mettre à chanter du Jean-Pierre François. Bref le burlesque de Fabcaro, les délicieux enchainements et quiproquos. 

« Comment dire ? Tu sais Bruno, l’amour est une chose éphémère et imprévisible… Comme un petit oiseau fragile qui fait du moonwalk dans l’aquarium du bonheur, et puis un jour le courant d’air de la fatalité ouvre la baie vitrée du destin, et le petit oiseau s’échappe et se fait écraser par un catcheur argentin sur le ring de la lassitude. Alors les employés municipaux Cotorep des sentiments viennent nettoyer et jeter le cadavre tout écrabouillé dans la poubelle des souvenirs mitigés et du soulagement… Tu comprends ? »

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Bref mixez les vieux Harlequin de grand-maman (ceux de votre adolescence boutonneuse), Nous Deux et autres magazines de rêves, assaisonnés d’un bon vieux Dallas à la sauce Feux de l’Amour, un bout d’un Jean-Pierre François-Compagnie Créole cultissime, une histoire à l’eau de rose, et vous obtenez le dernier de Fabcaro, rires à gogo et éclatement des côtes en prime. Un OBDNI désopilant, irrésistiblement kitchissime.
Du Fabcaro à la sauce Soap qui n’hésite pas à prendre à contre-pied tous les poncifs du genre, les situations les plus grotesques pour en faire une histoire comme seul il sait les théâtraliser. Un OBDNI où tout est permis. Une bande dessinée où il fait beau rire toute seule comme une damnée et donne l’envie de commander tous les soirs une macédoine au cas où un jeune et beau brun, musclé et ténébreux, viendrait nous la livrer (bah quoi on peut rêver un peu, non !).  

« Car en réalité, l’art n’est-il pas le meilleur exécutoire qui soit ? Le baume au cœur, l’élixir qui redonne vie, le pansement qui cicatrise ? L’acte de création n’est-il pas au fond la seule pulsion capable d’égaler celle d’aimer et, par là même, être le seul remède à la blessure d’amour ? Car enfin l’amour et l’art ne sont-ils pas deux frères siamois, nés d’une même matrice de vie ? »


Et si l’amour c’était aimer !

 

Retrouver les premières planches et la chronique parue chez Noukette qui reçoit cette semaine le cercle des blogueurs de BD.

 

 

Et si l’amour c’était aimer
Fabcaro
6 pieds sous terre

 

 

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