005357675« Qui a inventé le temps ? Ce n’est pas toi, ce n’est pas moi ? Qui a inventé le temps de l’homme ou du papillon ? »

 

Le temps d’ouvrir un livre et de plonger dans cet instant où ce même temps suspend son vol, où le caillou chute dans l’eau, la main encore ouverte au-dessus de l’onde et de ses ronds. Qui de l’homme ou du temps a inventé la mesure des battements des secondes, des minutes, des heures ou d’une vie ? Un souffle, un paysage ou rien n’est né, ou rien n’est. Un temps et quelques siècles plus tard… Qui a inventé le temps ? Qu’y avait-il avant le début du temps et qu’y aura-t-il après ? 

Un petit garçon assit sur son ponton de bois. Le caillou encore dans la main qui semble prêt à s’élancer, plonger dans l’eau. La chute d’une pierre pas plus large que la paume. La chute d’une pierre qui énonce le temps qui va et qui vient, de la lente transformation du monde, des lendemains qui se construisent et changent le temps en des temps non plus présents mais à venir.
La chute d’une pierre qui n’est rien dans le geste mais transforme cette seconde en une durée, dans des heures qui s’égrènent et modifient ce paysage où coule au pied de la page, un ruisseau étang, quelques poissons, des roseaux sauvages, des nénuphars et la campagne environnante, des libellules, quelques oiseaux qui s’ébattent dans la haie sauvage. Au loin un tracteur, des montagnes et dans le ciel, un avion. Le soleil se lève.

On a encore le temps. Le temps de tourner la page, de lire les mots de comprendre que le caillou jeté, existe depuis la nuit des temps, bien plus longtemps que le temps de comprendre que l’étang se modifie selon les saisons, que  le soleil, au loin, entame sa course contre la montre, contre les heures, les minutes, les secondes. Contre une journée, une semaine, des années, le jour d’avant, le jour d’après. A la vitesse de l’escargot, l’avion file à la vitesse de la lumière et le soleil poursuit sa route vers son coucher. 

« Combien de temps mettra le caillou pour tomber dans l’eau ? Du début à la fin de sa chute, pas une seconde ne passe. Juste un souffle sur l’étang. Et plouf ! » 

Le caillou tombe, chute. Une seconde avant qu’il ne rencontre l’eau. Le temps s’étire et les saisons passent, passe la vie, passent les chants des oiseaux, le hameau-village-ville qui se modifie. Passe le temps. Immuable sur son ponton, l’enfant lâche son caillou. Il y a un temps pour tout. 

« Plouf »

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Un petit livre philosophique, poétique, sensible sur la notion du temps qui va et vient, qui file et qui pourtant bat à la même vitesse que celle que lui dicte sa nature. Prendre son temps, avoir le temps, souffler son temps dans la seconde, la minute, l’instant donné. Oublier les heures, les années, les durées et regarder le caillou tomber dans son temps à lui, dans le temps qu’il prendra pour toucher l’onde.
Les illustrations graphiques d’Aurore Petit, colorées, visuelles, gaies donnent la dimension à l’évolution du temps. En prenant cette notion, on découvre le reflet des mots d’Henri Meunier et on s’amuse à regarder, à chercher la notion de ce temps, de se qui va et vient, de ce qui se modifie, apparait, disparait, né, meurt… Le va et vient d’une seconde, d’une minute, d’une heure, d’un siècle… d’une vie. 

Une belle découverte due à la jolie Moka qui m’a mis ce petit livre dans les mains, l’instant d’un temps où le vol de la libellule a suspendu son vol, ou le chat a miaulé devant le vol d’un oiseau, où le soleil s’est couché un soir de mai.

  

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Henri Meunier et Aurore Petit
Rouergue

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