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«  Dans les forêts sous la mer se promène le Grand Poulpe. Comme ceux de son espèce, il a énormément de bras. Habillés de ventouses, ils sont longs et habiles. Chacun a une mission spéciale. »

Dans les forêts de l’océan, sous la mer et ses vagues tumultueuses, mystérieuses, vit le Grand Poulpe, terrible bête aux tentacules monstrueuses, terrible octopus, poulpou, pieuvre aux légendes carnassières et intrigantes. Sous la mer, dans la forêt vit cet animal rouge aux bras collants, habiles et longs. Mais pourquoi tant de tentacules, pourquoi tant de pouvoirs pour ce cétacé mystérieux ?

Car oui le Grand Poulpe a de multiples bras qui chacun défini une mission. Ainsi le premier lui sert d’attrape repas, le deuxième lui sert à cajoler sa fiancée des mers, la sirène homard-langoustine, le troisième lui, lui procure le logement où tous les deux peuvent vivre leur histoire d’amour à l’abri des regards indiscrets.
Car Le grand Poulpe n’est pas celui que l’on croit. Malgré sa tête bizarre et ce gros ventre qui gonfle et cache sa tactique défensive, le Grand Poulpe est un grand sentimental, un grand timide qui aime se sentir chez lui comme un poisson aime se sentir dans l’eau. Ainsi va le Grand Poulpe et sept bras miraculeux. Ainsi va sa vie. Mais alors à quoi lui sert cette huitième tentacule, ce huitième membre remplit de ventouses collantes ?

Le Grand Poulpe où comment tomber amoureuse d’un céphalopode malgré sa laideur et ses membres disgracieux, ses légendes mythologiques et contemporaines, un véritable animal a aimé pour tout son mystère et charme. Et encore plus lorsque l’on comprend l’utilité de tous ses bras, que chaque membre disparu, emporté loin de soi, peut rendre la vie dure, triste, bancale même si celui-ci ne sert à rien, ne semble rien. Alors lentement on se transforme, on se refaçonne, reconstruit. Lentement à lumière de la vie, on apprend à faire avec le handicap. On devient et on comprend que malgré la douleur du début, on répare les malheurs.

 

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Un très beau texte d’Angélique Villeneuve qui m’avait déjà touchée avec son doudou des Bois (mon petit doudou de cœur qui a depuis migré dans les bras d’une petite fée nommée Adèle) et qui nous fait comprendre cette fois ci que la vie continue, nage que nage, malgré les blessures et les coups pris, malgré les membres disparus et les ventouses en moins. Un texte gais, coloré, mystérieux aussi lorsque le poulpe affronte son ennemi juré, l’abominable murène verte et sournoise. Une grande tendresse pour cet animal si souvent décrié, pour l’octopus à l’encre miraculeuse et essentielle à la chaine de la vie.
L’illustration est d’une grande joie, gaieté, solarité. On entre dans le monde sous-marin, on se faufile entre les coraux rouges flamboyants, on fraternise avec les crabes, les crevettes, coquillages et autres poissons. On se prend à nager et aimer une sirène au corps de homard d’un bleu outremer, à danser avec de vieilles épaves retrouvées. C’est beau, malicieux et à la fois cette juste touche d’intrigue  d’une bataille navale où la lumière cède la place à un bleu profond, un bleu nuit.

Le Grand Poulpe est si beau à lire, si malicieux et réconfortant qu’on en vient à la fin à aimer à l’infini cet animal si détesté. Banco, c’est gagné. Je veux bien devenir une sirène et moi aussi, être aimée par le Grand Poulpe, mon Prince chevalier des mers et des océans.

« Aujourd’hui, le Grand Poulpe est au grand complet. Aucun bras ne manque à l’appel. La huitième est le plus petit, le plus tordu, mais il compte autant que les autres. Il sert à montrer qu’on peut réparer les malheurs. »

 

Le Grand Poulpe
Angélique Villeneuve et Anaïs Brunet
Sarbacane

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