9782260032465ORI

« Des jours en vrac. Ils comptent. Ils marquent. Ils frappent. Ils blessent. Ils renforcent. Ils s’entrechoquent. Des chiffres. Des litres. Des kilogrammes. Des kilomètres. On compte. On décompte. Tic-tac. Le chrono avance. Il ne s’arrêtera jamais. Tic-tac. Même le jour où c’est terminé, il continue sa route. Pour les chiffres, il n’y en a qu’une.
J’aurai pu être comptable. Des plus et des moins. Un résultat. C’est clair et simple. Pas droit à l’erreur. Cocher. Vérifier. Taper sur des touches. Revérifier. Tout est rangé. Exact. Ordre et perfection. J’aurais dû être comptable.
Je n’aime pas les maths.
Je ne suis pas en ordre.
Je ne suis pas exacte.
Je ne suis pas parfaite.
Je ne suis pas comptable. »

 

Certains auteurs au fur et à mesure de leurs romans se révèlent dans la noirceur de leur écriture, dans cet instinct vif, d’urgence, de combatif et précieux qu’est le mot, les maux, la vie.  Ces auteurs grandissent dans leurs histoires, dans leur but intime et immuable d’écrire et cela quelqu’en soit le chemin et la vie. Ecrire d’un seul souffle, écrire comme on vit entre respiration et expiration, comme un rythme, une course effrénée, un sprint final, au bord de la syncope, d’un lâcher prise terrestre.
C’est le cas avec Loulou Robert. Dès son premier roman, on avait pu constater cette urgence, cette envie-besoin vital, cette violence qui gagnait les lignes et ses histoires. Depuis ses premiers mots écrits, sa main n’a pas glissé, ne s’est pas perdue en chemin, dans les méandres d’une technique qu’on tente d’apprivoiser.  

Loulou Robert, c’est le monde contemporain dans sa nudité et violence, dans sa cruauté humaine et égoïste. C’est la vision d’un match de boxe qui n’en finit pas, d’un combat acharné pour survivre, vivre, aimer. C’est une pulsation qui ne se maitrise plus, un manque d’air qui arrive et qui délivre de la souffrance, la brutalité, qui nous pousse à l’urgence, à vivre, capter la moindre lumière et avancer. Toujours. toujours. Simplement. Tenir comme on tient le mot, comme on nuance les parties du roman, entre expiration, inspiration et cardio. Dans cette urgence, on ne sait jamais si ce que nous lecteurs, allons lire, découvrir, allons tenir face à l’histoire, si ces mots au bord de la syncope, d’un gouffre, ne vont pas nous propulser vers un autre état, une accélération qui va nous faire flancher.
C’est violent comme la vie peut l’être, notre monde peut nous l’octroyer. C’est violent comme un combat, comme un coup qui part et vient nous propulser dans les cordes d’un ring, assommé par son coup et sa fulgurance, par les phrases courtes, le rythme intensif, la rapidité qu’elle nous impose. Pas de relâchement, toujours en garde. Main droite, poing gauche, uppercut. Ventre, joue droite, joue gauche, ventre. K.O. 

Et on se demande comment fait-elle pour nous emmener sans nous lâcher dans ce « sujet inconnu », dans cette historie qui se lit comme un combat de boxe, comme un combat pour la vie, rester en vie, être à terre et se relever. Toujours. On se demande où et comment Loulou Robert tient sur ce fil de l’urgence sans jamais le lâcher, sans jamais nous lâcher, sans jamais lâcher cette lumière qui brille au bout de la nuit noire et ténébreuse.  

C’est fort, impulsif et terriblement bien soutenu. Et derrière les mots se dresse celle qui n’a qu’un seul rêve, qu’un seul besoin et envie : écrire. Avec beaucoup de tendresse : bravo ! 

Uppercut.
Ventre et gorge noués.
K.O.  

 

  • « Je ne veux pas briller. Juste ressentir. Chercher la vérité. Je n’aurai pas de bonne note. Je me fous des fautes d’orthographe, de langue et du temps. Je n’étudie pas la langue mais les sentiments. »

  

Sujet inconnu
Loulou Robert
Julliard